Rencontre "Stratégies pour les Droits des Femmes en Méditerranée"

La femme palestinienne Bédouine dans le Naqeb

Par : Intesar Hujeirat

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La femme palestinienne Bédouine dans le Naqeb

Cet article a été présenté lors de la rencontre internationale « Stratégies pour les droits des femmes en Méditerranée » tenue à Barcelone à la date du 17 au 19 novembre 2006 et organisée par Acsur- Las Segovias dans le cadre de son programme « Mediterráneas ». En tant que protagoniste du film « Balançoires », réalisé par Basel Ramsis et projetté en avant-première lors de cette rencontre, je fûs invitée à intervenir sur la situation des femmes bédouines du Naqeb, à partir de la perspective des droits de la femme.

Cet article tente de décrire les problèmes et difficultés auxquels fait face la femme palestinienne bédouine dans la région Biir-Elsabée de Naqeb. (1)

Les familles bédouines sont régies par l’homme. La femme Bédouine vit dans une société patriarcale sous l’emprise du père, du frère, du mari, de l’oncle, etc.. et se trouve marginalisée de tous les champs : social, politique, économique. L’homme est celui qui prend les décisions et qui a le dernier mot sur tout. La femme ne peut s’y opposer même pour les décisions la concernant directement. Par exemple :

La polygamie est une des formes d’injustice. Un homme peut épouser plusieurs femmes et les faire vivre ensemble sous le même toit, c’est la règle. Si les femmes objectent, « il les fait taire » en leur avançant l’argument religieux : la religion l’autorise. Pourtant, l’Islam permet la polygamie mais dans des circonstances très spéciales, et par ailleurs, il impose un rapport de justice et d’équité entre les femmes, non seulement en leur fournissant des habits et un logement mais également de l’amour et de la dignité. Or en regardant la situation de ces femmes, leur vie et leur rapport avec leur mari sont loins d’être basés sur la justice et l’égalité. Toutefois, l’état israëlien a la connaissance de cette situation difficile et pourtant, il ne fait rien pour la changer, pas même en faisant appliquer et respecter une loi prohibant la polygamie. Ainsi, de par sa position, l’état israëlien favorise cette situation d’injustice dans la société bédouine. Ce phénomène affecte le statut des femmes et les empêche de se développer. Et il est malheureux qu’il y ait des hommes de religion qui encouragent à la polygamie, qui préparent le terrain permettant aux hommes musulmans de se marier avec plus d’une femme, tout en occultant les problèmes économiques et sociaux de la famille qui se voient s’accentuer.

Le divorce. Un homme peut divorcer d’une femme pour n’importe quelle raison, même infondée et absurde. Et il empêche la femme d’exercer ce même droit qui voit également son droit à la garde d’enfants bafoué. L’homme est celui qui prend la première et la dernière décision. La femme ne peut pas recourir à la loi, d’autant plus qu’elle est confrontée à l’opinion divergente de sa famille qui agit uniquement pour éviter le scandale. Les femmes sont souvent divorcées sans qu’elles en aient connaissance et sans que le mari ne leur garantisse une pension alimentaire ou l’arriéré de la dot. Puisque le mariage est basé sur le principe du paiement anticipé d’une dot à la famille de la mariée, nous voyons ainsi les femmes vivre dans une société qui favorise uniquement la situation financière de l’homme sans se soucier des besoins matériels et psychologiques de la femme.

Le mariage précoce. La Charia islamique limite l’âge minimum de mariage à 17 ans pour les deux sexes. La loi civile punit chacune des personnes qui permet le mariage précoce ou qui se marie avec une personne en-dessous de cet âge. Cependant l’autorité israélienne ignore la loi et nous constatons que plusieurs jeunes filles se marient avant 17 ans. Et naturellement, une des conséquences du mariage précoce est la sortie prématurée de l’école et le non achévement de leur apprentissage et de leur alphabétisation. Elles deviennent mères, obligées de prendre soin de leurs enfants, alors qu’elles-mêmes ne sont pas encore arrivées à la maturité nécessaire pour accomplir cette tâche et qu’elles auraient encore besoin d’éducation et d’attention.

Le mariage entre les membres d’une même famille. Les femmes dans les sociétés patriarcales ne détiennent pas de droit sur leurs corps et sont considérées comme un bien ou une propriété de la famille, ainsi cela donne-t’il droit à la famille, en tant qu’institution patriarcale, de décider du futur des femmes. Il est difficile pour la femme d’épouser un homme qui ne serait pas membre de sa famille, le mari étant souvent choisi par le « gardien » des valeurs familiales (le père) sans que ce dernier ne consulte sa fille ou ne reçoive son approbation. Dans la plupart des cas, ce mariage se fait contre et malgré elle, et l’une des conséquences du mariage consanguin est la naissance d’enfants avec des anomalies ou des retards de développement. Cette question touche aussi bien les jeunes. Le jeune habite avec sa famille et ses frères aînés. Marié, il ne profite ni de liberté, ni d’indépendance, il continue à vivre sous le même toit que sa famille parce qu’il n’a pas les moyens économiques pour construire une famille à lui, dans un autre lieu.

Naturellement, la politique israëlienne empêche les palestiniens bédouins de mener une vie digne, ils n’ont pas droit à la propriété de la terre et le taux de chômage de la population bédouine est le plus élevé dans la région du Naqeb. L’état israëlien agit de manière tyrannique en essayant de les isoler dans des quartiers ou villes, tout en ignorant leurs vies, leurs histoires et leurs sentiments ; il les extradie de leur terre et la leur vend ou la leur loue sous des conditions injustes afin qu’ils demeurent soumis à des conditions de vie primitives, à côté de cet état qui se fait appeler « démocratie ». Celui qui tente de construire une maison sans permis, la voit détruite quelques temps après à coups de bulldozer, la famille perd sa maison et la femme perd ce qui lui donnait sécurité, stabilité et indépendance.

L’exclusion des femmes à l’éducation et au travail. Ainsi, les femmes bédouines sont une proportion très faible à avoir obtenu une éducation, un diplôme universitaire et un travail. Un pourcentage important de femmes bédouines travaille beaucoup en nombre d’heures en échange d’un salaire extrêmement bas, ce qui ne suffit pas à remplir les besoins de leur famille. Les femmes bédouines qui travaillent sont donc exploitées à plusieurs niveaux : d’abord, par leur famille, qui ne leur donne pas la possibilité d’être économiquement indépendantes, elles ne sont pas libres de la gestion de la pension qu’elles reçoivent pour leur travail, et d’autre part elles sont exploitées par leur employeur dans leur travail et leur salaire. (2)

La participation politique. Il n’est pas permis aux femmes bédouines de participer à la vie politique, ni d’avoir le « droit » de voter pour un parti autre que celui soutenu par son mari ou son père. Elle n’a pas non plus le « droit » d’exercer d’autres activités politiques. Par ailleurs, la société participe à son exclusion politique en lui délimitant ses rôles traditionnels au sein de l’espace privé et en empêchant sa liberté de mouvement au sein de l’espace public ; et chaque fois pour un prétexte différent : une fois au nom de la religion, une autre au nom de la coutume et de la tradition et une autre au nom de la préservation de l’honneur...

Le chômage et la pauvreté. Depuis l’établissement de l’état d’Israël, les institutions de l’état ont cherché à « intègrer » les bédouins dans la société israëlienne tout en favorisant l’ignorance de leur histoire, leur culture et leur manière de vivre. L’état de l’Israël a spolié leurs terres et les a rassemblés dans des habitations spécifiques, et puis il a revendu la terre à ceux qui ont accepté et adhéré aux conditions de l’état ; et celui qui n’accepte pas de vivre dans ces conditions, se voit accorder un logement dans une zone non reconnue par l’état israëlien. (3) Et l’Etat continue incessament à démolir les maisons dans les villages non reconnus..

Les Bédouins sont marginalisés socialement et humainement, ils en arrivent à avoir une perception négative et à perdre l’estime d’eux-mêmes ; et cela déteint sur leurs comportements envers leurs familles. Parce qu’ils ne peuvent pas résister mais que subir les lois discriminatoires et raciales de l’état d’Israël, les hommes expriment leur impuissance, leur colère et leur violence vers les personnes les plus « faibles » et les plus démunies de leur entourage, les femmes.

Celles-ci ne peuvent pas combattre leur violence, d’une part, par crainte de créer un « scandale » et d’autre part, parce qu’il incombe aux femmes d’être responsables du maintien de la stabilité de la famille malgré la violence dont elle est victime. Mais également, parce que la femme se trouve sans moyens appropriés. Vivant dans un circuit fermé, on ne lui reconnait pas le droit de faire exister sa personne et son corps, elle n’est pas économiquement indépendante et se trouve sans appui de sa famille qui croit que l’épouse « bonne » est celle qui n’objecte pas et n’« expose » pas ou met à jour les actions de son mari mêmes quand elles sont dirigées contre elles.

La politique de démolition des maisons. Afin de pousser les Bédouins à quitter les villages non-reconnus, la politique officielle consiste à refuser à ces villages les services de base et à les empêcher de développer une infrastructure. Des lois sont utilisées pour empêcher les villageois de bâtir des constructions durables ou même de réparer les temporaires existantes. Le raccordement au réseau d’eau et d’électricité est interdit. Les femmes souffrent le plus de cette politique de ghetto ; la maison est source de stabilité et de sécureté, et quand elle les perd, il lui faut rebâtir et recommencer de nouveau afin de fournir une maison sûre pour ses enfants. Cette instabilité vient se rajouter et créer de nouvelles tensions au sein de la famille, qui se retourne souvent contre elle. Comme nous l’avons déjà souligné, le taux de chômage est très élevé chez la population bédouine et de plus, l’état d’Israël répond à son besoin de main d’oeuvre en important des ouvriers de l’étranger, au lieu de solliciter la population locale.

La violence et le meurtre au nom du prétendu « honneur » de la famille. « L’honneur » de la famille joue un rôle essentiel chez les arabes, et en particulier, chez les bédouins, et dans nos sociétés patriarcales, ce sont les femmes et les filles qui portent ce fardeau et souffrent de cet « honneur ». Un seul soupçon dirigé à une des filles (elle a un rapport « trop amical » avec un garçon, elle fume, elle a des relations sexuelles en dehors du mariage ou pour d’autres raisons), celle-ci est immédiatement tuée sans même que la famille s’assure de la viabilité des informations qu’elle a reçues. « L’honneur » fait la réputation de la famille et mesure ses valeurs.

L’état est au courant de ces faits mais s’en déconsacre totalement et fait savoir qu’il s’agit là d’un « trait culturel bédouin » et que pour cette raison là, il ne devrait pas s’interfèrer dans les affaires internes. Plusieurs filles et femmes disparaissent et les dossiers de recherche de police se closent rapidement sans donner suite sur les circonstances de la disparition ou du massacre de ces femmes. Et les établissements d’accueil, de conseils ou d’écoute sont inexistants ; ce qui laisse les femmes battues sans aucun appui, seules face à leur souffrance.

Les femmes bédouines qui épousent des hommes vivant dans les régions sous autorité palestinienne ainsi que celles vivant sous l’autorité palestinienne et qui se marient aux bédouins de la région de Naqeb vivent quotidiennement une situation difficile. Ces femmes ne peuvent pas rendre visite à leur famille vivant dans le Naqeb ou respectivement dans les régions sous autorité palestinienne, et les membres de leur famille ne peuvent pas non plus se déplacer pour les visiter, ou alors sous des restrictions et à des périodes spécifiques. Alors qu’en même temps, l’état israëlien encourage l’exode des juifs de tout pays vers les terres palestiniennes, il empêche la réunification des mêmes membres d’une famille en Palestine. L’injustice et la discrimination raciale de l’état israëlien réapparait au travers d’une loi, décrêtée ces derniers mois, qui empêche la famille palestinienne de vivre sous un même toit si les mariages entre palestiniens ont eu lieu dans les années 1948 et 1967.

Santé et maladie  : Selon des études qui ont été menées, il est indiqué en effet que des maladies, dont le cancer, se multiplent et touchent précisément la population bédouine de Naqeb. Et pour cause, la centrale nucléaire situé à Dimona rejette les produits chimiques et les déchets nucléaires loin des habitations et des zones juives, mais à proximité des habitations bédouines, dont les pouplations sont plus projetés aux risques d’inhalation d’air contaminé et de gaz émis par la centrale nucléaire.

Intesar Hujeirat

Educatrice d’enfants

Traduit de l’arabe par Farah Chengly pour :

www.mediterraneas.org

Notes de la traduction :

1. Il semble important de resituer socio-géographiquement la région du Naqeb. Cette région constitue 60% du territoire situé à l’’intérieur de la Ligne Verte qui représente la frontière virtuelle entre Israël et la Cisjordanie, et auquelle s’est rajoutée aujourd’hui une nouvelle séparation concrête, inhumaine et ségrégationniste qui est le Mur. Les Bédouins sont les habitants du désert aride du Naqeb aujourd’hui israëlien. Avant l’établissement de l’Etat d’Israël, environ 60 000 Bédouins vivaient dans la région mais suite à la guerre de 1948, seuls approximativement 11 000 sont restés. Les autres ont fuit ou ont été expulsés en Jordanie et en Egypte. Sous les directives du Premier ministre israélien, David Ben-Gourion, ceux qui étaient restés en Israël ont été déracinés des terres sur lesquelles ils avaient vécus et ont été concentrés dans la partie nord-est du Naqeb, une région en grande partie aride connue comme « zone de clôture » alors que la partie ouest du Naqeb, plus fertile, a été réservée à l’installation juive.

2. La population bédouine du Naqab souffre d’un taux de chômage très élevé (60% pour les hommes, 85% pour les femmes), d’un niveau d’education très bas (seulement 6 % des étudiants qui restent au lycée passent les examens d’entrée à l’université. A ce stade, environ 60 % des étudiants sont sortis du système scolaire), de pauvreté, d’un taux élevé de mortalité infantile (10 pour 1000 chez les enfants bédouins, 1 pour 1000 chez les enfants juifs), d’un manque de travailleurs qualifiés, d’un taux élevé d’analphabétisme et de criminalité

3. Ainsi, 25% de la population du Naqab, parmi lesquels environ 50% vivent dans des villages créés de toutes pièces, sortes de "townships", alors que les autres vivent dans les villages non-reconnus et dans des conditions de vie très pénibles, sans eau, ni électricité et sans écoles pour les enfants.

Source :

The Internaional Solidarity Movement http://www.ism-france.org/news/

extraits de l’article « Les Bédouins d’al-Naqab (Negev) » par Palestine en Marche http://www.ism-france.org/news/article.php ?id=233&type=analyse

Pour consulter le programme de la Rencontre :

http://www.mediterraneas.org/article.php3 ?id_article=566

El Prat de Llobregat, 16-19 novembre 2006

ACSUR-Las Segovias, en colaboration avec "Femmes en Réseau" (- Mujeres en Red -) et "Plateforme pour les Droits Humains des Femmes" (Plataforma para los DDHH de las Mujeres)

Et l’appui de AECI et de ACCD.



12 janvier 2007



 



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