Allez yallah !

Documentaire de J.P. Thorn, sur la Caravane des Droits des Femmes

 

Allez yallah !.

Documentaire de Jean-Pierre Thorn

Les femmes du Sud réveillent celles du Nord

Sorti il y a quelques jours en France, Allez Yallah est un documentaire sur l’aventure de la Caravane des droits des femmes. Marocaines (Ligue démocratique des droits des femmes, LDDF), Algériennes, Tunisiennes, ces femmes du Sud partent à la rencontre d’autres femmes, dans le Maghreb, mais aussi en France, pour combattre les discriminations portées contre les femmes par l’intégrisme religieux.

Depuis 2000, au Maroc, des femmes (sous l’égide de la LDDF) font, chaque année, une caravane nationale et plusieurs régionales. Sous la tente berbère, aide juridique, animations et débats se succèdent pour évoquer les premières victimes de l’islamisme.

Exploitées parmi les exploités, les femmes du Maghreb sont au bout de la chaîne de l’oppression, qu’elles vivent en France ou au bled. L’islamisme - on est bien placé pour le savoir - tient le peuple dans la crainte et les femmes dans la soumission... En Algérie comme au Maroc, le code de la famille, on le subit au quotidien. « Ce groupe de femmes qui avance déployant cette grande tente berbère qui s’ouvre comme une fleur, ce sont les femmes qui se réapproprient l’espace public. Se retrouver sous la tente avec d’autres femmes permet à celles qui sont enfermées de sortir et de prendre conscience de leur force », explique le réalisateur dans un entretien accordé à Ligue communiste révolutionnaire (LCR).

Et il poursuit : « J’ai commencé à filmer les banlieues lyonnaises, là où j’avais filmé Faire Kiffer Les Anges et j’ai été frappé par ce retour en arrière du droit des femmes à l’égalité. En filmant en France les copines marocaines, j’ai rencontré Femmes Contre les Intégrismes, regroupant une quarantaine d’associations, avec des associations de quartier comme à Rillieux-la-Pape, Saint-Etienne, Bron ou des associations nationales comme Voix de femme, qui lutte contre le mariage forcé. Ce qui m’a intéressé, c’est ce côté pluriel, non sectaire, avec la volonté de dépasser les clivages. En France, le mouvement était petit. »

En revanche, les copines du Maroc avaient l’expérience, l’énergie, le savoir-faire et la stratégie. Jean-Pierre Thorn a très vite choisi d’articuler le film entre le Sud et le Nord, avec un montage qui permet de découvrir le sens de la lutte des femmes maghrébines par l’association des contraires. « Le Sud nous aide à lire le Nord et vice versa. Avec ces allers et retours, ces télescopages, on s’aperçoit que le Sud est plus dynamique que le Nord », dit-il avant de poursuivre : « Ici, on abandonne le terrain aux idées archaïques, à des traditions qui sont une instrumentalisation de l’Islam, mais pas l’Islam. On voit, au Maroc, l’imam du village, qui laisse sa mosquée pour accueillir les caravanières, qui invitent toutes les femmes à venir sous la tente. Ici, on subit le travail sectaire des Frères musulmans financés par l’Arabie-Saoudite, avec un projet politique profondément dangereux qui s’attaque aux femmes. Les femmes sont un enjeu dans la conquête des quartiers (...) J’ai trouvé intéressant que des femmes du Sud viennent nous réveiller au Nord. La logique est inversée et j’ai découvert un mouvement féministe arabe extraordinaire, dont les médias d’ici ne parlent pas. C’est courageux de voir ces femmes arabes qui luttent seules contre l’islamisme. Alors, on a une obligation de solidarité avec elles.

En réalisant ce film, Jean-Pierre Thorn souhaitait donc « filmer la résistance de la vie, la beauté des femmes, leur courage, leur intelligence... plutôt que toujours la haine - le ‘’sang à la une’’ du terrorisme - dans laquelle se complaisent trop souvent des médias qui n’aboutissent qu’à stigmatiser le monde arabe et paralyser d’effroi nos démocraties ».

Allez Yallah est, pour son réalisateur, « un chant d’amour, un grand poème épique : sans doute le plus vrai de mes films, le plus sincère, s’approchant le plus de mon désir initial de cinéma, celui de mes 20 ans, d’un cinéma en transe d’un Glauber Rocha ou d’un Eisenstein... » Son talent est de faire de ce film une grande fête où on célèbre la Femme.

Zineb Merzouk

Source :El Watan

29-11-2006

http://www.elwatan.com



29 novembre 2006



 



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