Lettre de Beyrouth. Nous allons bien, et vous ?

Lettre collective arrivée par courrier, le 23 juillet 2006

 

Lettre collective arrivée de Beyrouth, par courrier, le 23 juillet 2006

Beyrouth le 21 juillet 2006

Nous allons bien, et vous ?

Merci à tous ceux qui nous ont envoyé des messages de fraternité, des pensées, des expressions touchantes ou véhémentes de leur solidarité.

Que dire quand les mots sont kidnappés et ne servent plus la pensée mais la force ?

Que dire quand les tribuns, les nôtres, les vôtres, les autres, s’approprient le langage pour marchander le prix de la guerre et de la paix à des tarifs prohibitifs ?

Que dire quand le pape et la chancelière allemande s’achètent une bonne conscience avec un culot sans retenue ?

Que dire quand la France a peur d’être juste pour ne pas être taxée d’"antisémitisme" ?

Que dire quand les Etats arabes mendient les "bons points" auprès de l’Occident et jouent "les animaux malades de la peste" en criant "haro" sur le baudet chiite ?

Que dire quand les centaines de civils massacrés par l’armée israélienne et les dizaines de milliers de familles de réfugiés dont les villages ont été rasés, les quartiers résidentiels pilonnés, deviennent pour les (ir)responsables Arabes les victimes (sic) d’un complot syro-iranien ?

Que dire quand la Syrie et l’Iran deviennent cyniquement les négociateurs d’une paix dont ils espèrent tirer profit ?

Que dire quand la tragédie d’une population livrée à une armée surpuissante, criminelle, dotée d’une puissance de destruction massive colossale et libérée de toute restriction éthique, est traitée dans le langage officiel et médiatique de "crise du Proche-Orient" ???

Voici des bribes d’informations, des balbutiements hébétés, des cris modérés par la pudeur :

1 - la "vidange" du Liban-Sud

L’armée israélienne est en train d’effectuer la "vidange du Liban-Sud", cette zone occupée par Israël en 1982 et évacuée en 2000 est destinée à devenir dans les tractations prochaines, une des cartes à jouer dans les négociations qui se préparent.

Méthode : terroriser la population et les obliger à partir par tous les moyens : les lâchers de tracts par les avions étant devenus désuets, les israéliens téléphonent directement aux habitants à leur domicile, leur intiment l’ordre de fuir les bombardements. des bombardements effectifs de plus en plus effrayants et, comme cela commence à se savoir, avec un arsenal prohibé (gaz toxiques, fragmentation, clusterbombs...) plus tout récemment utilisation des mégabombes de 3 tonnes qui réduisent en quelques secondes un village entier à néant.

L’exode (épisode devenu banal dans les guerres modernes) s’effectue sur des routes sporadiquement bombardées, des itinéraires de plus en plus compliqués par la destruction des ponts et des voies principales etle canonnage des camions de ravitaillement

Résultats escomptés : faire peser sur la population libanaise tout le poids de bientôt un million de réfugiés (un peu moins que le tiers de la population totale du Liban) sans logements, sans revenus, au ravitaillement aléatoire en eau, en nourriture, en médicaments et en produits sanitaires, sans compter les blessés, les mutilés, les orphelins, les malades, les traumatisés... dans l’espoir de susciter les rancoeurs et les colères contre le hezbollah et surtout de déclencher une guerre civile (larvée) entre sunnites et chiites, musulmans et chrétiens...

2 - le "scandale" libanais

Un pays comme le Liban, en temps de paix, est un "scandale" intolérable qui contredit et dénonce, du simple fait qu’il existe, tous les autres régimes politiques du Proche-Orient, et principalement son voisin israélien, qui partage avec lui (ou lui dispute) le rôle de représentant de la "civilisation occidentale", mais d’une façon radicalement opposée.

Voici un extrait d’un article écrit en 2001, que la Revue "Autrement" (diffusée par les Editions du Seuil) a refusé de publier dans son numéro spécial sur Beyrouth (No 127 - septembre 2001) sans doute parce qu’il dénonçait la complicité objective des Etats arabes et d’Israël dans le projet de destruction de l’exemple libanais :

"... Depuis l’éviction du Mandat français, Beyrouth est devenue le lieu focal des résistances locales et régionales, le seul espace arabe où les causes démocratiques, libertaires, nationales ou sociales, peuvent s’exprimer et donner au monde les images transmissibles d’une humanité réfractaire.

L’ambiguïté et la contradiction sont au rendez-vous, certes, mais l’enjeu est beaucoup plus important que le politique, il est culturel. Plus qu’une capitale (économique ou politique), Beyrouth est une Cité, un lieu de convergence et d’expression, un lieu de théâtralisation des utopies, capable de générer le tissu social vivant dont la société civile a besoin.

Assiégée en 1982 par l’armée de Sharon, la résistance de Beyrouth a admirablement illustré l’infériorité de la puissance militaire face à l’énergie d’une population qui s’identifie à sa ville. Trahie par les chefs et devenue objet de tractations et de marchandages, Beyrouth fut livrée à l’ennemi...... Quelques semaines plus tard, la paix israélienne s’abattait sur Beyrouth. Les 1400 victimes de Sabra et Chatila accédaient à la célébrité, ensevelies avec tous les honneurs médiatiques dus à leur nombre, prodigués hâtivement par un monde à la mémoire courte......"

3 - APPEL AUX ESPRITS LIBRES

SI VOUS CROYEZ A LA COMMUNION DES ESPRITS, PENSEZ AVEC NOUS, IMAGINEZ AVEC NOUS, PROCLAMEZ AVEC NOUS, L’INTERNATIONALE DE L’HOMME, LE DROIT DE CHAQUE HOMME D’ETRE POUR TOUS LES AUTRES HOMMES L’EXPRESSION INTEGRALE DE L’HUMANITE ENTIERE

LIBEREZ L’ESPRIT

-  CONCRETEMENT : LIBEREZ L’EUROPE DE LA CHAPE DE L’"ANTISEMITISME", FAITES APPEL AUX NOMBREUX JUIFS QUI REFUSENT DE PROJETER LEUR IDENTITE SUR LES ATROCITES COMMISES PAR ISRAEL

-  NE PERMETTEZ PAS QUE LES ENFANTS D’ISRAEL GRANDISSENT DANS LA HAINE, L’HYSTERIE ETHNOCENTRISTE ET LA MISERE ETHIQUE ET ESTHETIQUE DES ARMES ET DE LA GLORIOLE MILITAIRE.

-  NE PERMETTEZ PAS QUE LES ENFANTS DE PALESTINE ET DU LIBAN GRANDISSENT DANS LE DESIR DE REVANCHE, DE VENGEANCE, ET LE DESIR DE RECUPERER PAR LA VIOLENCE LES MIETTES D’UNE DIGNITE QUI LEUR A ETE REFUSEE

-  AIDEZ-NOUS A EMPECHER LA BARBARIE ISRAELIENNE DE SEMER DANS NOS RANGS LES GERMES DES KAMIKAZES LIBANAIS DE LA PROCHAINE SAISON

LA PAIX EST UNE ABSTRACTION DONT LES TERMES SONT DICTES PAR LES PUISSANTS. L’HOMME EN PAIX PAR CONTRE EST UNE REALITE VECUE PAR CEUX QUI CHOISISSENT LIBREMENT D’ETRE EN PAIX AVEC LES AUTRES HOMMES (MEME EN PRISON, MEME SOUS LES BOMBES, MEME EN TEMPS DE GUERRE)

PRIONS ENSEMBLE (IL N’Y A PAS D’HOMME QUI NE SACHE PRIER, IL Y A TOUJOURS UNE DESTINATION POUR TOUTES LES PRIERES DES HOMMES) POUR QUE TRIOMPHE (NON, PAS DE MOT MILITAIRE) POUR QUE VIVE ET SURVIVE L’HOMME DE L’HOMME, CELUI DE L’ECCLESIASTE ET DE PLATON, DE BOUDDHA ET DE ZARATHOUSTRA, DE SAINT JEAN ET D’IBN ARABI, DE MONTAIGNE ET DE THEODORE MONOD, DE CAMUS ET DE GANDHI...

NOUS VIVONS AUJOURD’HUI DE LA SURVIE DE LEUR ESPRIT

Roger Assaf, Issam Bou Khaled, Kamal Chayya, Rawya El Chab, Zeina Saab De Melero, Said Serhan, Fadi el Far, Tarek Atoui, Hagop Der Ghougassian, Abdo Nawar, Hanane Hajj Ali, Abder Rahman Awad, Zeinab Assaf, ...



27 juillet 2006



Forum

  • > Nous allons bien, et vous ?
    7 août 2006, par khal torabully

    Madame, Monsieur,

    JE VOUS REMERCIE DE VOS PROPOS. La diversité en toute chose, voilà ce qui dérangera la pensée unique que l’on veut faire passer aux peuples. Mais la résistance est déjà dansla notion de différence. Nous sommes avec VOUS.

    Merci d’accueillir cette lettre à la libanaise sur votre site. Par ailleurs, merci de faire paser cet appel suivant :

    EN vue d’un recueil collectif sur les massacres du Liban, je lance un appel aux poètes, écrivains... de me faire parvenir des textes ; cette expérience fait suite à la publication collective entreprise au lendemain de l’incendie de la bibliothèque de Baghdad.

    Cordialement, Khal Torabully

    Poète, réalisateur France


    Lettre à la femme libanaise Khal Torabully

      Préambule, courriel envoyé à Evelyne Accad et Amira Issa : Ma soeur, Aujourd’hui, une étudiante rencontrée à Tripoli m’a écrit pour me donner les résultats de ses examens, Elle s’appelle Marwa, et elle s’inquiétait de ses notes, et me demandais de prier pour elle pour la deuxième session. Miracle de la vie, non, miracle de courage, non ? Persister à oeuvrer pour la connaissance quand tout est à feu et à sang. Inutile de te dire combien ce courage féminin m’a bouleversé. Elle est tout le symbole du Liban auquel nous devons nous raccrocher, désormais. Son acte puissant, admirable entre tous, m’a inspiré ces propos :   Ma soeur... Nos coeurs saignent devant ce carnage. Mais nous resterons debout, car la barbarie qui triomphe se retournera contre elle-même. Je suis amoureux de la création, et je sais que la patience viendra à bout de l’ogre et de ses alliés.

    Ma soeur libanaise... Vous, femmes du Liban êtes d’une espèce précieuse, rare, admirable. C’est vous qui gardez l’humanité en éveil en moi, alors que j’avais cru la perdre au seuil de la bibliothèque de Bagdad, incendiée par les barbares.

    Vous avez la force exemplaire de la vie, et le désir inextinguible de pousser les ruines pour la récupératon du passé dans l’élan de l’avenir. Vous releverez le Liban pour nous, car en vous se concentre le peu d’humanité qui reste en ce monde des marchands et des fous sanguinaires. Je ne doute pas un seul instant de votre génie.

    Restez pour nous ces exemples frissonnants de l’abnégation, du courage, de la lutte, du temps à traverser, afin que l’espoir soit encore présent en ce monde régressif.

    Vous avez cette lourde responsabilité, et nulle au monde ne peut mieux la porter que vous. Je vous quémande cette oeuvre vitale, car dans ma souffrance, vous êtes ma consolation. Je sais, pour vous avoir connues, que vous aimez le savoir. Mieux, la connaissance, sans cloison de quelque sorte.

    Vous êtes amoureuses du livre. Vous respirez la poésie essentielle. Vous écrivez, vous lisez, vous analysez. Et vous transmettez la beauté au coeur même des souffrances de la géopolitique froide, inexpugnable.

    Vous savez garder la grâce dans l’anéantissement passager. Vous êtes pilier de Baalbeck, dôme de Tripoli, sang de Cana. Vous êtes le Liban.

    L’élan fort de la tendresse humaine. Vous êtes nos mères, nos soeurs, nos compagnes quand le pays est dévasté par les lâchetés assassines. Vous êtes notre dignité.

    Je ne dirai pas, par respect pour vos mères et vos ancêtres, que la lutte vient de commencer. Non, elle se poursuit, car vous avez traversé des siècles entre boucliers et agressions, entre meurtres et passions.

    C’est à vous de garder l’unité de ce pays, ne vous laissez pas diviser. Vous êtes notre conscience fine, et vous empêcherez que l’assassin profite de vos faiblesses politiques.

    Vous êtes debout, et le monde authentique, ou ce qu’il en reste, vous admire. Nous sommes avec vous, et c’est cela notre pâle participation à cette tâche à accomplir.

    Je te sais proche de tes soeurs, Marwa. Tu es Evelyne, Amira, Ezza. Tu es une profonde lueur d’espoir dans cette nuit atroce. Berce le Liban, il a besoin de tes bras.

    Pensée encore debout devant l’indicible. Pour le Liban, Pour toi.

    Khal Torabully

    P/S : Lis ce texte, diffuse le auprès de tous les Libanais, afin qu’ils sachent qu’ils sont aimés des poètes.



 



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