Violences de Hassi Messaoud

Des procès au compte-gouttes


 

Les faits. 13 juillet 2001 : une foule de 250 à 300 personnes, selon les rapports établis par les services de la Police judiciaire, s’attaque toute une nuit et même dans la journée du lendemain à une quarantaine de femmes habitant le quartier d’El Haïcha travaillant comme femmes de ménage dans les bases pétrolière de Hassi Messaoud.

Elles viennent des différentes régions d’Algérie, et pour certaines, elles sont là avec leurs familles et leurs enfants. Elles sont torturées, violées et brûlées, enterrées vivantes, et leurs maigres biens seront pillés.

Tout le monde, y compris les institutions concernées, les employeurs, les partis politiques, pour préserver leurs appareils, sont restés muets sur cette grave atteinte aux droits humains. Que signifie ce silence sinon l’approbation du crime ? Que reproche-t-on à ces Algériennes ? D’avoir eu le courage d’aller si loin gagner leur vie et celle de leurs familles ? De ne pas être sous la surveillance et le contrôle des hommes de leur communauté familiale ? De ne pas être transparentes car si on les tolère dans l’espace public, elles ne doivent surtout pas être trop visibles ?

3 janvier 2005 : procès en appel à Biskra. Seulement 3 victimes sur les 39 femmes sont présentes au procès. Ces 3 femmes ont eu le courage d’aller jusqu’au bout demander justice et elles se battent encore pour sortir de la stigmatisation et de la précarité. 6 accusés sur la quarantaine inculpée ont comparu. Sur les 6 accusés, 3 sont condamnés, mais 3 sont acquittés parce que non reconnus par les 3 victimes présentes, alors que tous ont été clairement identifiés devant le juge d’instruction par de nombreuses autres victimes. Durant le même procès, les autres inculpés, toujours en liberté provisoire, n’ont pas comparu et de ce fait sont condamnés par contumace.

17 mai 2006 : procès de Biskra. Seul un condamné par contumace sur les 23 va comparaître à Biskra. Et les autres ? Pourquoi ne les a-t-on pas retrouvés ? Que signifient des procès au compte-gouttes sinon une stratégie de banalisation et de dilution d’un crime collectif organisé ?

Ce procès doit être impérativement un modèle de justice. Pourquoi ?

-  Ce n’est pas le premier lynchage de femmes mené par des hordes chauffées à blanc. Une dizaine s’est déjà produite à travers le territoire et le dernier en date s’est abattu à Annaba contre des étudiantes.

-  La conclusion que l’on peut tirer de ces faits est que chacun peut définir l’ennemi à détruire. Il peut exercer ainsi sa propre justice, démarche légitime et acte sans autre conséquence puisqu’il s’agit de femmes.

-  La société en perte de repères sacrifie la sécurité et les droits humains de la moitié de sa population au nom d’une image de « communauté parfaite » où les femmes doivent être invisibles et muettes. En fait, elle sape son propre droit à la citoyenneté, à la paix et creuse elle-même la tombe de ses libertés.

L’atmosphère actuelle de « réconciliation nationale » nous fait craindre le pire, l’impunité pour ce crime de lynchage des femmes. Pour cela, nous exigeons que justice soit rendue : pour ces victimes, pour la moitié de la population qui en a assez de voir ses droits humains élémentaires de sécurité bafoués, sans conséquence pour les criminels, pour la société de droit, de liberté et de dignité, pour les femmes particulièrement que nous voulons construire.

Réseau Wassila

Rassemblement algérien des femmes démocrates

Bnet Fatma N’soumer

Association de défense et de promotion des droits des femmes AFEPEC

Tharwa Fatma N’soumer

Collectif femmes MDS

Femmes du printemps noir

Djazaïrouna

Association émancipation des femmes.



27 mai 2006



 



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