La galaxie Royal, naissance d’une webcandidate

Par Isabelle Mandraud. Le Monde

 

Qui travaille pour Ségolène Royal ? Cette question, la présidente socialiste de la région Poitou-Charentes, candidate à l’investiture de son parti pour 2007, n’aime pas qu’on la lui pose. Parce qu’elle veut maîtriser sa communication au plus près, parce qu’elle juge nécessaire de "garder une part de mystère", selon sa propre expression, la socialiste favorite des sondages ne délègue à personne le soin de la représenter ou de parler à sa place. "Je ne suis pas sous tutelle", répète Mme Royal. Et puis elle s’est "un peu renseignée" : "Aux Etats-Unis, affirme-t-elle, (la presse) ne fait rien sur les proches des candidats."

Mme Royal veut surtout éviter les erreurs d’un Lionel Jospin aux mains des "communicants" en 2002 et se démarquer de ceux qui, comme Dominique Strauss-Kahn, mènent des batailles de courant dans le parti. Quant à afficher les réseaux d’experts d’un Laurent Fabius, il ne saurait en être question de la part de celle qui ne cesse de vanter "l’expertise citoyenne" et "l’intelligence des Français". C’est la méthode qu’elle s’est choisie : occuper le devant de la scène médiatique, tout en paraissant accessible, "à l’écoute". Ce qui ne l’empêche pas de surveiller le moindre détail et d’interdire à ses collaborateurs, par exemple, de porter des lunettes noires lorsqu’ils se déplacent en sa compagnie...

"A TITRE AMICAL"

Pas de gourou en communication, donc. Mais, "une à deux fois par semaine", Mme Royal s’entretient avec Nathalie Rastoin, directrice générale d’Ogilvy & Mather, cinquième groupe de communication en France, qu’elle connaît depuis près de dix ans et qui la conseille à "titre amical". Pour Mme Rastoin, issue elle-même d’une "dynastie politique de Marseille" - son père était maire de Cassis, son grand-oncle adjoint de Gaston Defferre -, "jamais l’écart n’a été aussi grand entre Paris et la province". Le site Internet Désirs d’avenir (DA) de Mme Royal permettrait, selon elle, de recréer un lien entre le politique et le citoyen. "J’y crois beaucoup, assure Mme Rastoin, qui fait partie du noyau dur de l’équipe de DA. C’est une pensée très simple partagée par plein de gens. Ce qui m’épate le plus, c’est que nous ayons été les premiers à penser le faire."

C’est ici que s’est formée l’équipe Royal, dirigée par Christophe Chantepy, président de l’association Désirs d’avenir. Pascal Talon, adjoint de Paul Boury, un autre "ami" qui possède sa propre société de communication, filiale du groupe Altédia, en fait partie. Tout comme Sophie Bouchet-Petersen, conseillère politique de Mme Royal, qui travaille auprès d’elle à la région Poitou-Charentes.

Qu’importe que les forums des internautes prennent parfois l’allure d’un bric-à-brac. La démarche "crée du contenu" et elle a permis d’essaimer sur tout le territoire des comités locaux de soutien - plus de deux cents à ce jour.

L’association a permis de fédérer un autre réseau, celui des "pondeurs de notes". Entraînés par la popularité croissante de Mme Royal, des experts rejoignent aujourd’hui la candidate socialiste et lui rédigent, spontanément, ou sur commande de M. Chantepy, des notes sur l’éducation, les aides européennes, les réseaux de santé... En fin de journée, le 25 avril, dans les sous-sols de l’Assemblée nationale, une assemblée générale, où étaient présentes Nathalie Rastoin et Sophie Bouchet-Petersen, a permis pour la première fois d’en réunir plus d’une centaine - membres du Conseil d’Etat, cadres de la fonction publique, DRH d’entreprises privées ou universitaires - comme la sociologue Dominique Meda. Mme Royal y a constitué le début de réseaux qui lui manquait, notamment en économie. Thierry Lajoie, président du directoire d’Achatpublic.com, premier site sur l’information et les appels d’offres des marchés publics, filiale pour partie de la Caisse des dépôts, était du nombre. Ancien chef de cabinet de Laurent Fabius au ministère de l’industrie en 1983, à Matignon de 1984 à 1986, puis à l’Assemblée nationale de 1988 à 1989, il a adhéré avec "le désir de se réengager". "C’est extrêmement artisanal, confie-t-il, mais cela faisait longtemps que je n’avais pas senti une telle chaleur dans un cénacle socialiste. Et puis cette idée de faire péter les cloisonnements me plaît." Chacun peut en effet sortir de son domaine. Les experts cooptent leurs amis. Et les notes s’accumulent.

Côté culture, la candidate, qui a reçu le soutien de Diam’s et de Carole Bouquet et récemment partagé le même plateau de télévision que Jamel Debbouze, sur Canal+, peut compter sur son ami Bernard Murat, directeur du Théâtre Edouard-VII, qui fut membre du comité de soutien de Bertrand Delanoë aux municipales de 2001 et de Lionel Jospin à la présidentielle de 2002, mais aussi sur le soutien de l’incontournable Pierre Bergé, ex-associé d’Yves Saint Laurent, qu’elle a récemment rencontré. "Je ne peux pas ignorer ce qui se passe, dit-il. La grande différence entre Ségolène Royal et les autres, c’est qu’avec elle il s’agit d’un fait de société. Les Français sont prêts à élire une femme. Et puis, quand elle parle de la famille, elle a entièrement raison, et quand elle fait référence à Tony Blair, ça me plaît plutôt que ça me choque."

PREMIER CERCLE

Dans le Parti socialiste, Mme Royal mène une autre campagne pour être investie par les militants fin novembre. Mais là aussi, les frontières avec Désirs d’avenir sont poreuses. Des élus s’engagent dans les comités locaux, comme les cinq adjoints du maire d’Angers, Jean-Claude Antonini, qui s’apprêtent à créer le leur. Au premier cercle des partisans de Mme Royal, dans lequel figure le porte-parole du PS, Julien Dray, s’ajoute désormais un deuxième, constitué des ralliés, des maires comme Gérard Collomb, à Lyon, des sénateurs comme François Marc (Bretagne) ou des premiers secrétaires de fédération (Lot-et-Garonne, Var, Dordogne...). Mais il y a une ombre au tableau. Mme Royal est encore loin d’avoir fait le plein dans sa propre région de Poitou-Charentes. Pour l’heure, ni le maire de Niort ni celui de Poitiers ne sont sortis de leur mutisme. Et ce sont des sergents recruteurs extérieurs, comme Patrick Mennucci, de la fédération des Bouches-du-Rhône, qui battent le rappel dans le parti.

Article paru dans Le Monde. L’édition du 16.05.06



18 mai 2006



 



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