Compte- rendu de la journée de Réflexion :

Autour des actions féministes/ féminines au Maroc

Tanger, décembre 2005

 

L’association CADRE a organisé la journée de réflexion sur le mouvement féministe au Maroc. Cette rencontre voulait permettre le débat, l’échange d’idées et d’expériences entre diverses sensibilités se reconnaissant ou non comme féministes. Parce que des mots en usage prêtent à confusion, nous avons tenu à intégrer les deux termes féministes et féminines. Nous voulons d’abord discuter de leur pertinence respective, de leur validité et des va-et-vient éventuels. Peut-on d’ailleurs distinguer action féministe et action féminine, et d’abord, y-a-t-il au Maroc un ou plusieurs « féminismes » ?

L’action féministe/féminine donne lieu à des mobilisations et à des réactions qui nous conduisent à réfléchir sur sa place dans le champ politique marocain, ses interactions avec les autres luttes et le rôle effectif qu’elle joue dans le processus dit de démocratisation.

L’histoire récente des relations entre le « mouvement des femmes » et certains tendances politiques, notamment islamistes, montrent qu’elles sont le plus souvent opposées : manifestations contre le « Plan d’intégration des femmes au développement », stigmatisation de figures de chercheuses ou de militantes et diffusion de discours sexistes. Les groupes politiques, de toute obédience, cherchent-ils à se servir des luttes des femmes ? Le mouvement féministe peut-il ouvrir un espace qui dépasse les cadres classiques (par exemple gauche/droite, nationaux/non nationaux) et intégrer l’ensemble des diversités qui traversent le groupe femmes ?

D’autres questions nous interpellent. Après plusieurs mobilisations et productions (scientifiques et associatives), et après l’obtention de certaines revendications (réforme du Code de la famille, accès à des postes auparavant masculins...) où en sont les actions féministes/féminines au Maroc ? Quels sont les paradigmes toujours en vigueur pour aborder ces questions ? Doit-on les dépasser et comment ?

L’importance accordée à l’appartenance de sexe (féminin) tend souvent à occulter la complexité des rapports sociaux de pouvoir qui s’articulent sur un même territoire national et au sein du groupe social femmes.

Le mouvement féministe/féminin est-il représentatif de toutes les femmes du Maroc ? Intègre-t-il les différences sociales (de classe) et d’origine (rurale, étrangère, culturelle...) ? Comment conjuguer les diverses luttes et situer et intégrer les femmes non-représentées dans les discours dominants ? S’agit-il ici de nouveaux champs sur lesquels doivent s’inscrire les revendications post-réforme (du Code de la famille), et vers lesquels peuvent s’orienter les analyses théoriques sur les rapports sociaux de sexe au Maroc ?

Pour aborder toutes ces questions, nous avons invité plusieurs personnalités issues d’horizons divers (universitaires, actrices issues du milieu associatif, militantes politiques, écrivain) afin qu’ils/elles exposent leurs points de vue et partagent leur expérience sur la question :

-  Fatima Saddiqi : chercheur universitaire.
-  des représentantes de la LDDf et de l’ADFM ;
-  Nessima Moujoud : chercheuse
-  Mohamed Mouaqit chercheur universitaire
-  Rachida Afilal, directrice de l’ong Leadership Féminin
-  Nennou Laraj : chercheur.
-  etc (1)

Rapport de la journée :

Matin :

-  L’ouverture des travaux de la journée était une intervention de Mr Chouitari Mohammed de CADRE de Bruxelles qui a présenté l’association CADRE ; il a parlé surtout du contexte de création de l’association qui été crée par des personnes de la communauté marocain en Belgique intéressées par la question de solidarité internationale et aussi il a parlé des objectifs généraux de CADRE qui sont le rapprochement et dialogue entre les peuples et les religions de la région euro-meditérranéenes ; il a dit aussi que : "la création de la section tangéroise de CADRE nous a donné l’occasion de voir ce qui ce passe au Maroc. Et je profite de l’occasion pour remercie Nadia et Fatima pour leur travail et leurs efforts pour l’organisation de cette journée ; et aussi le groupe qui est venu de Belgique, les militantes féministes engagées dans la vie associative bruxelloise"

-  Intervention de l’animatrice de la journée Nassima : Je remercie les participants qui sont venu des régions différentes du Maroc. L’action féministe dans la société civile et politique au Maroc et son rôle ; les processus, l’histoire du militantisme féminin au Maroc. L’importance du rôle politique, culturel et religieux dans le mouvement associative féminin ; ce sont les différentes questions qu’on va aborder lors des travaux de cette journée. Nassima a posé des questions a propos des femmes pour arriver a analysé la situation des femmes au Maroc. Après Nassima a donné la parole aux intervenants :

-  Intervention de Mme Hennou Laraj : Mme Laraj a commencé son intervention par l’approche culturel surtout la culture amazighte et le mouvement féminin ; comment la femme berbère vois la Moudawana ? Comment développer la femme amazighte en parlant une langue refusé par la femme elle-même ? Ce sont les questions qu’a posées Mme Laraj pour les discuter lors de débat de la journée.

-  Intervention de Mouakit : Pour moi je vois que pour aborder la question de mouvement féminin au Maroc il faut surtout parler de la participation de la femme dans toutes les activités de la société civile ; en plus on peut dire qu’il n y’a pas de neutralité idéologique dans le mouvement féminin au Maroc.

-  Après Nassima a pris la parole pour attirer l’attention que cette journée de réflèxion est aussi une occasion pour les participants des deux coté de méditérrané : la Belgique et le Maroc, pour échanger leurs expériences ; elle a ensuite passé la parole à madame Khadijà Rougani de Rabat qui nous a donné des informations juridiques sur la nouvelle Moudawana :

-  Mme Roygani a précisé avant tout que cette Moudawana et une révolution de la société civile marocaine et que notre discussion doit avoir beaucoup de temps pour parler du contenu de la Moudawana ; la difficulté de parler de la Moudawana au niveau culturel et au niveau de la mentalité des gens. Et elle pose la question suivante : est ce que c’est vrai qu’on a un mouvement féminin au Maroc et la définition de ce mot en générale et puis la certitude de l’existence de ce mouvement dans le pays et ses problématiques, exemple la naissance du mouvement islamiste ?

-  Intervention de Fatima sadiki : Ce mouvement (féminin) a réussi a créer un changement social dans la société civile marocaine ;Ce mouvement a réussi a féminiser l’espace social. Et ce mouvement a aider aussi les femmes a s’intégrer au milieu social. Mme Sadiki a parlé de la situation économique et culturelle du Maroc. Surtout la participation de la femme au processus démocratique.

-  Nadia Hamdi est intervenue pour poser une question sur l’utilité de la recherche sur le mouvement féministe au Maroc ?

-  Intervention : Fatima Sadiki C’est un mouvement culturel qui existe et non pas un "mouvement islamiste" .le mouvement féministe marocain n’a jamais rejeté l’islam et il ne faut pas parler d’un mouvement islamiste et un mouvement féministe car il fait partie d’une culture. Pour elle il ne faut pas faire une rupture entre islamisme et féminisme.

Mme Sadiki a parlé au niveau historique des "soeurs pureté" qui font partie des partis politiques et qui sont des élites scolarisées qui ont milité contre la colonialisation et en parallèle elles ont revendiqué les droits de la femme et juste après l’indépendance, il y a eut le code de statut personnel et aussi les réactions dans,les années 60 et 70, contre ce code. Ces réactions sont des écrits réalisés toujours par la petite bourgeoisie. Et après il y a eut des femmes qui se sont inscrites dans les partis politiques de gauche et celles qui ont crée le mouvement féminin démocrate, alors qu’il n’y avait pas une rupture entre les "femmes de terrain" et les "femmes des écrits". L’arrivé du mouvement islamiste n’a eut lieu qu’au cours des année 80 . Elle a précisé aussi que le mouvement féministe a commencé a se politiser et il a essayé de jouer la carte politique et d’être plus pragmatique, et la stratégie qu’elles ont suivi pour mélanger l’universalisation des droits de la femme et la particularité de la femme marocaine.

-  Intervention de Mr Mouakit : Il a précisé que si on met les barrières de la religion le problème de la démocratie va se poser ; Mr Mouakit a parlé surtout de la place du mouvement féminin dans le champ politique marocain ;là on peut parler de la dynamique provoquée par le mouvement féminin pour prendre sa place dans la vie politique. Et pour lui il faut partir de cette idée que le féminisme déborde le mouvement féminin ; et ce mouvement a été supporté par les mouvements socialistes de gauche qui ont milité pour la libération de la femme et aussi pour lui donner ses droits et faire répandre un esprit d’égalité entre les femmes et les hommes.

Matin : Discussion de la salle :

-  Intervention de Maître Khadijà Rougani : Maître Rouggani a parlé de problématique de mouvement féminin au Maroc en posant la question : qu’est ce que le mouvement féminin ? est ce qu’on a vraiment un mouvement féminin ? est ce que ce mouvement possède les condition et les caractéristiques de ce qu’on appelle mouvement féminin ? Pour répondre à ces questions elle a rappelé que le mouvement féminin a un handicap : le mouvement jusqu’à maintenant n’est pas bien démocratisé.

-  Mme Sadiqi : a parlé de l’historique de mouvement féminin qui a débuté au Maroc avec le mouvement les "Soeurs Safa" en 1946, qui travaillait plus sur le plan politique pour lutter contre la colonisation française. Après le mouvement féminin a commencé le combat de lutter pour le changement des lois en faveur des droits humains de la femme, ce combat qui a été en participation de tout le mouvement de la société civil au Maroc.

-  Mme Hennou Laraj : professeur à la faculté des droits de Fes a donné une définition de support de mouvement féminin au Maroc qui est basé sur l’idéologie et à partir duquel on peut parler de mouvement féminin islamique.

-  Mr Chouitari a posé la question suivante : Quels sont les obligations fondamentales qui ce posent devant le mouvement féminin au Maroc ?

-  Mr Moukit a répondu que mouvement féminin au tant que dispositions (idéologiques et philosophiques) a donné a la femme un certain développement mais ces dispositions en réalité n’ont pas donné à la femme la possibilité de ce développer. Mais il trouve que le projet social n’est pas en jeu ; son rôle fondamentale c’est de modernisé la situation de la femme et la société en générale et le féminisme a interêt a se comprendre avec le mouvement féminin. le problème c’est que même dans les partis politiques, il a été reproduit la culture de discrimination(les femmes non pas pris les postes de décision qui leur permet de prendre le pouvoir, aussi le mouvement féminin a joué pendant des années un rôle secondaire dans la société politique marocaine qui a pris beaucoup de temps a milité pour l’égalité entre les hommes et femmes ; il y a des partis politiques qui ont profité de cette situation pour prendre des avantages politiques en engageant le mouvement féminin dans leurs activités sociales. Ce qui est plus important à son avis c’est de favoriser le développement du mouvement féminin politiquement, par des réactions plus actives mais le problème c’est qu’on met des limites pour ça, comme la question qui a existé depuis longtemps dans l’histoire musulmane : est ce que la femme peux être une prophète ?

Après midi :

L’animatrice Nassima a fait un petit résumé sur les différentes questions qui ont été abordées lors de la séance de matin :

-  l’existante et l’importance de mouvement féminin au Maroc ;et ses revendications.
-  un bref historique de la naissance de mouvement féminin au Maroc.
-  la présence historique du masculin dans la vie des sociétés depuis toujours.
-  les références du mouvement féminin marocain ; ses constitutions (fondements) divers et sa diversité .
-  aussi la diversité culturelle dans la société marocain et son influence sur les femmes.

Nassima a précisé aussi qu’il y avait encore des questions sans réponse ; a laissé la parole à Mme Sadiki pour aborder la 1er question : la relation entre la démocratie et l’Homme ?

-  Fatima Sadiki : Mme Sadiki a rappelé que le Maroc est un pays multilangues qui a 4 langues essentielles à part les autres langues régionales et elle insiste sur la relation entre la femme et la langue tamazight car la langue est importante dans la démocratisation globale d’un pays, ex : la constitution (réforme)du code de la femme (Mudawana) et la création du l’institue national de la culture tamazight et on ne peut pas considérer cela des accidents de l’histoire ; pour elle c’est la preuve de la relation entre la démocratie et l’Homme. Au cours des années 60 et 70 la religion a commencé à avoir un poids lourd dans la société au niveau national et international après des événements que nous connaissons tous : (le succès de la révolution iranienne, la chute de communisme) et depuis le mouvement féminin va réagir par raaport à ces changements. Il a pris comme stratégie de ne pas entrer dans cette discussion car il a cherché lui même une place dans la société avec son propre contexte et sa pragmatique.

-  Maître Rougani :(point de vue juridique) : Pour Mme Rougani La nouvelle moudawana a beaucoup d’avantages pour la femme marocaine ; mais cette nouvelle moudawana a été obtenue par une militance qui a duré des années et après des efforts énormes dans le milieu associatif et politique marocain. Elle a aussi fait remarquer que le mouvement féministe marocain a profité des partis politiques de gauche qui ont défendu aussi les droits de la femme dans leurs programmes. Une grande mobilisation a eu lieu pour obtenir des réformes plus importantes. Il y avait l’espoir de voir enfin notre société régie par une loi adaptée, correspondant aux nouveaux profils des couples, des femmes et des enfants. Une commission a travaillé de longs mois sur les textes du code de la famille. D’une manière générale, la méfiance régnait dans les milieux sociaux sur l’avancement des droits de la famille et des femmes. La surprise a été de taille, lorsque le Roi a annoncé les grands axes du projet de la réforme, lors du discours inaugural de la session parlementaire. Une joie, les femmes sont enfin reconnues comme citoyennes à part entière. Le soir même, une rencontre d’une quarantaine de femmes avec Mme Zoulikha Nasri, conseillère du Roi, a permis de lever les derniers doutes. Les détails recueillis nous ont donné la certitude qu’une page vennait d’être tournée dans l’histoire de la condition féminine au Maroc. Les promesses d’un avenir meilleur deviennent enfin une réalité. Un espoir venu à temps pour relever le moral d’une bonne partie de la population, surtout après les attentats du 16 mai et après des élections municipales décevantes. Félicitons la société marocaine et particulièrement les femmes. Après Mme Rougani a fait le survol des réformes présentées par les associations féminines et qui ont été admises dans le code de la famille.

-  Khadijà Rais, association Basma /Tanger : Elle a posé la question suivante : quand on parle de mouvement féminin islamique ça veut dire que le mouvement féminin démocratique n’est pas islamique ?

-  Maître Rougani a répondu que si on distingue entre le mouvement féminin démocratique et le mouvement féminin islamique on se base sur la référence idéologique ; quand on discute de religion, il faut le distinguer de mouvement politique ou social et il faut respecter la liberté de croyance de chacun comme a déjà dit Mme Henou. Aussi le mouvement féminin au Maroc ne se constitue pas seulement des associations féminines mais aussi par des associations des droits de l’homme, des personnes, des intellectuels, des militants, et il y a maintenant un débat sur la considération des syndicat comme composante du mouvement féminin. Ce qu’il faut aussi distinguer c’est entre la société politique et la société civile, il y a des associations des droits humains qui défendent les droits humains mais qui refusent la double référence, elles adoptent la référence de droit, il y a aussi le mouvement féminin qui refuse l’adoption de référence religieuse. Avant ces trois dernières années, je doute qu’il y ait eu un mouvement féminin et depuis 1993 il y avait un mouvement féminin mais qui n’est pas encore bien structuré, mais depuis 2002 on peut parler d’un projet commun entre toutes les associations féminines, et là on peut parler de l’expérience du "Printemps de l’Egalité" qui va militer pour restaurer un Etat de droits et de loi et aussi de l’indépendance de la justice en plus de changement des lois en faveur des droits humains de la femme.

Après l’animatrice a invité les participants à une pause café et qui a été aussi l’occasion de suivre ensembles un documentaire sur les étapes qui ont été réalisées pour avoir les réformes de la Moudawana. Le documentaire réalisé par L.F a été centré sur des interviews faites avec des membres de la commission pour parler de leurs expériences dans la commission.

Rapport de la journée de Réflexion :

Thème : Autour des actions féministes/féminines au Maroc

Date : 22 décembre 2005

Lieu : Hôtel Dawliz.

(1) : La liste des participants figure en annexe de ce texte initialement publié par l’Association CADRE sur son site.

http://www.cadre-eu.be/journee22dec2005.pdf



1er mars 2006



 



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