Harcèlement sexuel dans le monde du travail : entre le délit et l’impunité. Maroc

El Mahjoub Rouane

 

Pour la première fois dans les annales de la législation marocaine, le harcèlement sexuel a été introduit dans le nouveau code du travail appliqué depuis le 7 juin dernier.

Désormais réprimé, il est considéré comme faute grave commise par l’employeur, le chef de l’entreprise ou de l’établissement à l’encontre du salarié. « Il était temps qu’on s’aligne sur ce qui se passe un peu partout dans le monde où on condamne l’harcèlement sexuel comme étant un délit et rendre justice à la femme au sein de l’entreprise.

Aujourd’hui, comme on a envie que la femme soit à part égale dans le développement économique du pays, je pense qu’il serait bien qu’on respecte ses droits et qu’on la revalorise au sein des structures de travail, entre autres, en interdisant clairement par des textes de loi », commente Fatima-Zohra, 27 ans, la nouvelle disposition contenue dans le nouveau code du travail. Pour l’OMDH, « le harcèlement sexuel de la femme sur ces lieux du travail reste une pratique courante dégénérant une souffrance psychologique humiliante, entravant sa liberté du travail, et réduit son droit au travail ».

La Ligue démocratique des droits de la femme (LDDF) reçoit régulièrement des plaintes déposées par des femmes qui travaillent surtout dans les grandes entreprises. Mais, « elles ne reviennent plus après le dépôt de la plainte », nous confie Mme Bouchra Abdou, secrétaire nationale de la Ligue. Les femmes harcelées trouvent souvent des difficultés pour dénoncer les harcelants.

Conscientes de la lâcheté de leur entourage, les victimes préfèrent se taire. Safia, 43 ans, mariée, raconte : « dans l’usine de confection où je travaille, le contremaître profite de son poste pour me faire des avances en m’invitant souvent à sortir avec lui. J’ai quatre enfants. Ce responsable véreux ne me laisse pas bosser en paix.

Il veut que je sois à sa disposition à l’intérieur et à l’extérieur l’usine. Je subissais le calvaire. A la fin, j’ai dû renoncer à mon job pour rester définitivement à la maison ». Toutefois, une étude réalisée dernièrement par l’Association démocratique des femmes du Maroc indique qu’ « au niveau des actes, contrairement aux femmes qui ont montré une certaine sévérité condamnant tout comportement ou geste émanant d’un responsable au sein du travail, quelques hommes ont pensé qu’une distinction doit être établie entre la séduction et le harcèlement sexuel.

Des propos gentils, une déclaration d’amour ou un compliment adressé à une femme ne peuvent être considérés comme harcèlement sexuel ». Les usines sont les plus montrées du doigt. Les spécialistes du marché du travail remarquent que les femmes visées demeurent principalement cantonnées dans des emplois précaires. La grande majorité d’entre elles travaillent comme aides ménagères ou dans les usines de textile (en 2002, les femmes représentaient 85 % de la main d’oeuvre de l’industrie de l’habillement et de la confection).

En milieu rural, elles sont mises à contribution dans l’artisanat pour les travaux de la laine, de la poterie ou de la vannerie. Ce sont ces femmes qui sont les premières victimes du harcèlement sexuel. Ce sont ces ouvrières et ces travailleuses dans les foyers dites « femmes de ménages ».

« Je travaille dans la confection depuis des années. Mais l’an dernier, l’usine a recruté un contremaître qui était très sévère au début. Puis, il a commencé à faire des propositions malhonnêtes à certaines d’entre nous. Nous n’osions rien dire », avance Saïda, ouvrière dans une usine de cuir. Combien de femmes ont dû subir le même sort. Par ignorance de leurs droits ou peur des représailles, les victimes de harcèlement sexuel ont souvent du mal à se défendre.

Dans certaines entreprises, des ouvrières ont avoué qu’elles se laissent faire sans conviction, par nécessité et par peur de se retrouver sans travail. La victime est une femme de 20 à 35 ans, célibataire ou divorcée, parfois avec des enfants à charge et un niveau d’études assez moyen.

En France, le harcelant est condamné jusqu’à un an de prison et à 15.000 euros d’amende. Au Maroc, certains juristes considèrent que le délit d’atteinte à la pudeur stipulé par l’article 483 du code pénal peut être appliqué à l’acte du harcèlement sexuel.

Il est assimilé au viol ou à la tentative du viol. Le problème reste toujours de pouvoir prouver l’harcèlement. Amina, 22 ans, étudiante, souligne que « le harcèlement sexuel est un problème grave dont les femmes n’osent pas parler. Une femme qui avoue avoir été agressée sexuellement est très mal vue et traitée de tous les noms ». La sociologue Fattouma Benabdenbi souligne que « c’est l’arme des faibles pour affaiblir les plus faibles. Les personnes qui harcèlent sexuellement les femmes sont dans un état primaire. Elles n’ont aucun rapport avec la civilisation. Leurs corps ne parlent qu’à leurs corps. D’où l’importance de la promulgation des lois pour stopper ces dérives ».

Sur le plan psychologique, les conséquences sont très graves. Le harcèlement sexuel porte gravement atteinte à la dignité des femmes. Leur santé mentale est ébranlée. Elles sont blessées, humiliées et fragilisées. La plupart d’entre elles sont en thérapie. Engagée depuis quelques années dans une grande structure privée de Casablanca, Amal, 28 ans, indique que « le harcèlement sexuel dépend de certaines frustrations. Dans le cadre du travail, il réside dans le fait d’utiliser certaines faiblesses de l’employé pour arriver à ses fins.

Le phénomène découle surtout d’un problème mental et lié à la perversité ». Avec l’entrée en vigueur du nouveau code du travail, le citoyen espère que la loi va dans le sens que le harcelant puisse être sévèrement sanctionné. Autrement, il y aura une loi de plus qui ne servira pas à grand chose.


Comment pénaliser l’acte du harcèlement sexuel ?

L’analyse des concepts et des actes concernant la définition de la notion du harcèlement sexuel au sens large et de la notion du harcèlement sexuel sur les lieux du travail nous permet de soumettre à la discussion la définition finale suivante : Le harcèlement sexuel est une forme de violence physique et/ou matérielle et/ou morale et psychologique portant atteinte à la dignité, la pudeur, l’honneur et la liberté de la femme.

Il peut se traduire par des insinuations verbales (directes ou indirectes) tels que les compliments, les blagues, les plaisanteries , les invitation de toute proposition ayant un but sexuel. Le toucher allant des pincements ou caresses à viol. Sur les lieux du travail, il se traduit, en outre, par l’abus du pouvoir qui revêt toutes les formes de pression en faisant chanter la femme sur ses droits les plus légitimes et absolus. Pour l’Association démocratique des femmes marocaine (ADFM).

Cette définition répond à certains textes du droit pénal marocain basés sur les enseignements de l’Islam. Aussi, l’Association s’est-elle posée plusieurs questions : Peut-ont alors, dans le cas d’élaboration de lois juridiques convenables, s’inspirer de ces textes marocains ? Dans l’attente des lois adéquates, dans quelle mesure peut-on pénaliser l’acte du harcèlement sexuel sur les lieux du travail en ayant recours à ces textes ? Faut-il alors que l’acte du harcèlement sexuel soit durable, et que le harcèlement insiste pour qu’on puisse le sanctionner ?

Font : Le Matin



17 juin 2004



 



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