Le Hamas et nous

Par Gila Svirsky - Organisation "Femmes en noir"

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Qui est à blâmer ?

En écoutant les réactions des passants à Jérusalem, lors de la dernière manifestation des Femmes en noir, on aurait pu penser que c’était notre petit groupe pacifique qui avait mis le Hamas au pouvoir. Ceci provient du fait que les politiciens de droites israéliens affirment que le Hamas a gagné à cause du retrait de Gaza et des autres concessions " récompensant le terrorisme ". En réalité, Bibi Netanyahu & Cie se délectent de la victoire du Hamas, ils peuvent maintenant construire une campagne électorale basée sur la peur et regagner les électeurs qui s’étaient laissés entraîner vers le centre.

Mais voici mon avis sur ce qui a donné la victoire au Hamas aux dernières élections : le refus d¹Israël de s’asseoir à la table des négociations et d’arrêter l’occupation. On accuse souvent le " Fatah d¹avoir échoué à faire progresser la paix ", mais cela relève de la même chose : le Fatah a échoué parce qu’Israël a refusé toute contrepartie en échange d¹une modération, refusé de s’asseoir et de négocier avec eux.

Et à propos de la corruption, y a-t-il eu un vote en faveur du Hamas qui était en réalité un vote contre la corruption des politiciens du Fatah ? Ceci peut avoir joué pour quelques électeurs, mais depuis quand la corruption fait-elle tomber un politicien ? Certainement pas en Israël où la corruption de Sharon est notoire, mais est oubliée par ceux qui soutiennent sa politique. On est bienveillant à l’égard de la corruption quand il y a accord par ailleurs sur d’autres points importants. La corruption du gouvernement palestinien précédent aurait eu moins d’importance s’il avait réussi à progresser vers la fin de l¹occupation.

Quand les terroristes deviennent des politiques

Je me revois au balcon de ma maison, à Jérusalem, un beau matin de mai 1977, et avoir eu le souffle coupé quand j’entendis qui avait gagné les élections israéliennes : Menahem Begin, l¹ancien chef de l’organisation terroriste juive qui avait tué 91 civils lors d’un attentat à l’hôtel du Roi David en 1946. Et bien, c’était Begin qui avait opéré le retrait du Sinaï et négocié la paix avec l¹Egypte. En 2001, Israël a élu Ariel Sharon, qui était le responsable d’évènements sanglants à Qibya, Beyrouth, Gaza, Sabra et Shatila, et d’autres. Et bien, c¹est Sharon qui a fait le retrait de Gaza, de façon imparfaite mais ce fut un précédent important. Je condamne le terrorisme, si l’individu ou l¹Etat l’est vraiment, et je n’aurais jamais voté pour le Hamas (ni pour Begin ni pour Sharon). Mais qui est mieux placé que le Hamas pour arriver à un accord de paix négocié ? Nous avons l’image d’Israël dans les élections palestiniennes : tout comme la droite israélienne (de Begin ou Sharon) pouvait faire des concessions plus facilement qu’Yitzhak Rabin, qui a dû combattre la droite tout le temps, le Hamas peut mobiliser plus de soutien pour des concessions que le plus modéré des membres du Fatah ne pourrait en obtenir.

Au sujet du fondamentalisme insidieux

J’étais inquiète à propos des règles du Hamas, surtout son programme interne en Palestine : je m’inquiétais pour les femmes, les non musulmans, les journalistes, les homosexuels, les gens de culture, et tous ceux qui tirent bénéfice d¹une société ouverte. Dans quelle mesure le Hamas va-t-il instaurer la loi de la Shari’a dans la vie civile ? ou l’éducation religieuse dans les écoles ? D’autre part, il est tout à fait évident que les Palestiniens ont expérimenté la démocratie et qu’ils ne tolèreront pas facilement une fermeture de leur société. Je reprends le sondage de cette semaine dans la population palestinienne, publié dans Al-Havat Al-Jadeeda de l’Autorité palestinienne, et rapportée dans le Jerusalem Post : 84 % des Palestiniens sont d’accord pour une paix avec Israël. Si vous leur demandez si cela inclut le Hamas, 75 % des électeurs du Hamas sont alors opposés à un appel à la destruction d’Israël. Le Hamas sait que les laïcs forment une grande partie de leur électorat.

Qui bénéficie de la fin de l’aide étrangère ?

On a entendu les politiciens américains et israéliens recommander une politique qui isolerait et punirait les Palestiniens en leur refusant l’aide financière. Chacun sait que cela déstabiliserait leur économie fragile, nuirait à des innocents (mais pas aux politiciens) et inciterait à plus d’amertume contre l’Ouest laïque. Une bien meilleure approche serait d’augmenter l’aide et de voir comment les responsables du Hamas vont l’utiliser. A moins que quelqu’un ait intérêt à semer le chaos dans les Territoires palestiniens ? Oui, j¹aimerais beaucoup demander un renoncement au terrorisme et à la violence comme une condition préalable à une discussion... j’aimerais le demander aux deux cotés. Mais normalement cela doit être l’un des points de la négociation.

Gila Svirsky (Femmes en noir)

Militante chevronnée pour la paix et les droits de l’homme à Jérusalem (coalition des Femmes pour la paix).

Elle peut être jointe à : gsvirsky@netvision.net.il

www.dissidentvoice.org/Feb06/Svirsky02.htm

Traduction au français : JPP, pour : http://www.aloufok.net



9 février 2006



 



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