Que dire et que faire devant les dérives communautaristes et leur impact sur les femmes

Par Brigitte Allal

 

Lors de la manifestation du Parti des musulmans de France, le 17 janvier 2004, menée par M.Latréche, contre le vote d’une loi interdisant les signes religieux à l’école, on entendit des propos à la fois antisémites et homophobes tenus publiquement par ce dernier et ses sbires, encadrant un troupeau de filles voilées qui elles n’avaient pas droit à la parole.

Depuis des mois, la rue était tenue par ce genre de manifestations qui prenaient toutes la même forme : des filles voilées, encadrées par des hommes barbus et en kamis, qui parlaient à leur place, et étaient à tout le moins l’autre face de ce que l’on voyait presque tous les soirs à la télévision, à savoir des jeunes-filles voilées parlant de leur choix de porter le voile et de leur spiritualité grandissante.

La question du voile

Car la question du voile agitait la société française et faisait la une de tous les journaux, dans ce qui paraissait être une grande confusion.

Cette question n’était pas nouvelle, les premiers « cas » avaient éclaté en 1989 en banlieue, à Creil très exactement, au moment même où les jeunes filles de l’immigration maghrébine, comme le dit Camille Lacoste Dujardin (Libération du 16 janvier 2004), nées en France après le regroupement familial de 1975, et alors d’âge scolaire, fréquentaient l’école en nombre, y réussissaient mieux que leurs frères, et trouvaient plus facilement leur place dans la société française. Ce voile, qui n’avait rien de traditionnel ( la majorité des mères de ces filles n’étaient pas voilées) et avait manifestement le sens d’un uniforme politico-religieux moderne apparu à la suite de la révolution iranienne, quelles que soient les motivations personnelles diverses des filles qui le portaient, se développait depuis un certain temps déjà dans les quartiers sensibles, en même temps qu’un certain nombre de violences contre des filles non voilées, dont se faisait l’écho le mouvement Ni putes ni soumises né en 2002.

L’homophobie

L’homophobie n’était pas nouvelle dans les quartiers populaires, et l’on savait depuis longtemps qu’il était impossible de parler librement de cette question. Beaucoup d’adolescents en souffraient, et on voyait le fossé s’accroitre entre un discours qui se libérait dans certains milieux et un tabou qui se renforçait dans d’autres : la mise en scène de la virilité dans les bandes de quartiers, la non-mixité qui s’installait progressivement dans les rues et barres d’immeuble ( dont faisaient état plusieurs documentaires à la télévision, comme celui d’envoyé spécial sur la chaine 2 « Trappes à l’heure de la prière ») en disaient long sur les difficultés que rencontraient celles et ceux qui remettaient en question l’assignation de sexe.

L’antisémitisme

En même temps se développait ici ou là une recrudescence d’actes et de propos antisémites, souvent chez les jeunes et dans les écoles, qui étaient attisés par le conflit israelo-palestinien que ces jeunes projetaient sur leurs camarades et sur eux-mêmes, créant ainsi des communautés fictives qui faisaient fi des opinions des uns et des autres et brandissaient leur ignorance du conflit réel au proche-Orient comme un drapeau.

L’expérience algérienne

Militant dans une association de solidarité avec les femmes algériennes, j’avais suivi de prés les événements d’Algérie , avais vu la façon dont l’islamisme politique s’y était pris pour investir d’abord le social, pour jouer du ressentiment de populations gravement éprouvées par la crise économique et imposer peu à peu dans certaines communes une terreur fascisante, une soit-disant identité musulmane accompagnée de restrictions grandissantes des libertés de circuler ( les femmes qui conduisaient des voitures étaient en danger), de penser ( cf la discussion, dans le film Algérie(s) de Thierry Leclère, Patrice Barrat et Malek Bensmaïl, entre le directeur de la cinémathéque d’Alger et la municipalité islamiste de Bordj qui avait fermé la salle de la cinémathéque parce que « les films occidentaux étaient contraires à la morale islamique », et que « ce qui satisfaisait le peuple, ce qu’il voulait voir, c’était un cinéma et une télévision au service de l’islam »), accompagnées de non-mixité : dans les municipalités gagnées aux islamistes, les transports en commun étaient séparés en deux, l’avant pour les hommes et l’arrière pour les femmes.

Les discours dans les mosquées

On connaissait les discours qui se tenaient dans les mosquées sur les étudiantes vouées à la débauche si elles faisaient des études, et on avait vu dans le même temps les voiles fleurir.Il s’agissait d’ « assainir la question de la femme »( A.Belhadj, meeting de la Casbah), et cet «  assainissement » s’accompagnait du rétablissement de la virilité. La virilité revenait dans ces discours de façon obsessionnelle, et la condamnation de ceux, comme les chanteurs, qui y manquaient : « ...Si un homme chante, il n’est plus viril. Il a des doutes sur sa virilité ! Ce n’est pas un homme, c’est tout. Un homme ne chante pas ! » (A.Belhadj, prêche de la mosquée as-Sunna, 4 janvier 1991). Quant aux juifs, ils étaient responsables de l’idée de laïcité, et le terme de « juif » était utilisé comme une injure : « En islam, il n’y a pas de laïcité. La laïcité est née dans les sociétés permissives et dévoyées. Elle est née dans les sociétés occidentales.

La laïcité est née après la destruction de l’église...Il y a eu la révolution française, ceux qui ont été à l’origine de la révolution française sont d’origine juive. Ce sont des juifs. Ils ont dit : il faut absolument séparer le religieux du politique (A.Belhadj, prêche à Bir Khadem, 1991).

Les tracts islamistes

Dans les tracts islamistes glissés dans les boites à lettres de nos amis, on trouvait une condamnation de la dégénerescence occidentale, faite de femmes impudiques, de perversion homosexuelle, et de juiverie, au nom de la pureté de l’Islam. Il apparaissait à travers ces textes que l’homogénéité de la Oumma musulmane telle qu’ils la dessinaient supposait l’exclusion de ce qui lui était radicalement hétérogène, à savoir les femmes libres, les «  pédés » et les juifs, et qu’on avait là le cœur même de l’islamisme politique. Ceux qui « trahissaient » cette communauté subissaient violences et mort : journalistes et intellectuels assassinés, et enfin exil en masse de ceux qui cherchaient à échapper aux menaces de condamnation à mort.

L’exemple iranien, très vite relié par ceux qui connaissaient la situation à la tragédie algérienne, mettait en lumière la façon dont la révolution avait progressivement supprimé les libertés, et abouti aux prisons et aux assassinats, là encore au nom de la pureté et de la lutte contre « la souillure » qu’elle nécessitait. Après la hiérarchisation entre musulmans et non musulmans, se faisait celle entre « vrais » musulmans et « faux » musulmans( « les hypocrites », dont parlaient aussi abondamment les prêches en Algérie ), emprisonnés en masse. C’est contre cette idéologie totalitaire, visée en son fondement, que le Manifeste des libertés a été écrit. Il était inconcevable de se taire et de laisser s’exprimer, au nom de la « communauté musulmane », des choses qui allaient à l’encontre de ce qu’une très grande partie des gens censés lui appartenir pensaient. .

Dans cette idéologie, l’infériorisation du féminin ( et de qui lui était apparenté comme les homosexuels et les « juifs ») n’était pour nous ni un défaut dans une longue liste ni un manque, mais un élément structurel susceptible, comme le dit Fethi Benslama dans sa Déclaration d’insoumission (Flammarion, setp. 2005) « d’organiser dans l’ensemble d’une société l’inégalité, la haine de l’altérité, la violence ordonnées par le pouvoir mâle. Inégalité, haine de l’altérité et violence qui trouvaient dans les idéologies de l’islamisme politique leur expression paroxystique, mais qui lui préexistaient comme un terreau favorable, et avaient des racines beaucoup plus anciennes.

La pensée inégalitaire sur les femmes, le texte du manifeste l’appelait «  misogynie », haine des femmes. Ce faisant, il utilisait un mot qui avait un sens universel et qui, comme le dit Wassyla Tamzali dans son texte la septième tribu, au delà des droits et de la participation économique des femmes, impliquait de penser le problème aussi sous la forme du choc des sexes.

Ce n’était pas seulement le refus de « l’oppression des femmes » en terre d’islam, c’était nommer avec les mots d’ici ce qui se passait ici et là-bas, c’était interroger là-bas par ici, mais aussi ici par là-bas ( et la façon dont s’est déroulé ici le débat sur le voile en est une illustration éclatante : on découvrait chez des intellectuels français de renom des sympathies secrètes pour le voilement et l’effacement des femmes, que ces sympathies soient des relents d’orientalisme avec des rêves de harems, des retours du refoulé catholique avec la nostalgie des jupes plissées, ou du refoulé colonial, qui avait ceci de colonial précisément qu’il ignorait totalement les contradictions et les luttes de femmes qui se menaient dans les pays d’origine ) Nous faisions fi radicalement du relativisme culturel, rejetions toute vision sociologisante, pour réfléchir, de l’intérieur, à la façon dont l’abjection de l’autre permettait de fonder un certain type de communauté : et nous disions clairement que cette communauté, fondée de cette façon, nous n’en voulions pas, parce qu’elle était mortelle, autant ici que là-bas, car pourquoi ne pourrait-on pas être de culture musulmane, et contre la misogynie ? Quelle image a-t-on des terres d’ islam si on considére que cela est antinomique ? Quelle est alors la norme ?

Il s’agissait d’ouvrir un espace, non pas d’universalité, mais créateur d’universalité, non de « dialogues des cultures » mais d’articulation des cultures, c’est-à-dire un espace où on peut penser sur le mode du « je », parce qu’il n’est pas différent du « tu », un espace d’ « universalité interactive », pour reprendre l’expression de Seyla Benhabib dans Feminism as Critique ( University of Minnesota Press, Minneapolis, 1987)

Ce type d’espace universalisant que connait bien la pensée féministe, parce qu’elle a toujours eu besoin de le créer pour pouvoir se faire entendre, faire entendre que l’universalité des hommes n’en était pas une si elle ne comprenait pas aussi les femmes.

Une fois cet espace ouvert, toutes les spécificités peuvent s’exprimer, librement. S’il ne l’est pas, ces spécificités deviennent des identités étouffantes.

 : Restait à comprendre cette énigme que constituait la violence exercée par des garçons sur des filles avec lesquelles ils avaient été à l’école, dans des classes mixtes, avec lesquelles ils vivaient dans les mêmes cités, dans un pays qui reconnaîssait institutionnellement l’égalité entre les sexes et le droit de choisir son conjoint, encourageait la contraception, autorisait l’avortement et le couple hors mariage, et considérait maintenant le viol comme un crime.

Pouvait-on parler de « dérives communautaristes »chez ces jeunes ? Il semble qu’on avait là plutôt un recours à une tradition réinventée, où la fille doit accepter le mari que ses parents lui choisissent, être protégée par son grand frère, ne pas sortir seule ou ne pas s’habiller comme elle veut sous peine d’être assimilée à une putain et de subir des violences « comme toute salope le cherche ou le mérite ».

Tradition souvent battue en brèche dans le pays d’origine lui-même, et en tout cas combattue par des mouvements de femmes dont ces jeunes ignorent tout ; comment ne les ignoreraient-ils pas d’ailleurs, dans la mesure où les medias français comme les medias algériens, après avoir fait des femmes algériennes des mères courage et des victimes exemplaires durant la décennie précédente, privilégiant le scoop, l’émotion, le témoignage « saignant », ne disent rien de leurs luttes contre le code de la famille qui est aussi une lutte pour l’égalité des droits, ni de leurs travaux sur les violences faites aux femmes dans leur pays.

Pourquoi réinventer de la tradition ? pour se donner des repères dans un territoire où l’on se sent exclu, discriminé, en butte à l’injustice et au racisme, et d’où la vie politique a disparu ? Ce n’est évidemment pas en opérant une nouvelle discrimination sur les filles et en remplaçant le racisme subi par le sexisme infligé qu’on luttera contre les phénomènes d’exclusion : on aura simplement trouvé, sur plus faible que soi, l’occasion de se raconter, entre hommes et sur fond de misogynie, qu’on est « un homme ».

Mais le renoncement aux traditions d’origine, ou plutôt la négociation entre ces traditions et le lieu où l’on réside, et pour les jeunes, où l’on est né, supposent l’existence d’une autre communauté à laquelle on se sent appartenir, une communauté de citoyennes et de citoyens dont les droits sont égaux et qui a un sens. C’est ce sentiment qui disparaît peu à peu dans des quartiers abandonnés à eux-mêmes, quartiers de relégation qui font trace de l’absence très ancienne d’une réelle politique d’intégration et où se reconstituent, avec le chômage, des clans fictifs qui ne sont soutenus par rien de ce qui constitue la réalité extérieure, et qui deviennent par là même des sortes de mafias ou de clans défigurés : le chef du clan est un père humilié et silencieux ; les grands frères protecteurs,de petits caïds ; les fils porteurs d’espoir, des princes déchus ; les mères sacrées, des femmes sans autonomie et sans droits qui ne travaillent pas et parlent mal la langue ; les filles, de fausses vierges, amenées à mentir et à traiter leurs sœurs de putains quand celles-ci sortent, se maquillent ou expriment leurs désirs, pour préserver l’honneur de la famille, éviter de perdre leur réputation et d’être assimilées à des « salopes » par les bandes du quartier ; les biens du clan, ce sont les profits du « bizness. C’est cette tradition fictive reconstituée qui sert de terreau aux mouvements islamistes actifs dans ces quartiers, qui donnent une légitimité au rêve à coup de dogmes coraniques et régulent la dérégulation.

Dans cette fiction les femmes ont une place centrale : elles sont sommées de faire exister ce qui n’existe plus, de signifier un ordre qui a disparu, de garantir l’honneur des deshonorés : à quel prix ! L’ennui et l’enfermement pour les « sages », prises dans des injonctions contradictoires( se cultiver pour l’école, donc sortir, circuler ; et être sages, donc rester à la maison, faire le ménage, servir leurs frères et s’occuper des enfants) ; l’insulte pour les autres, celles qui osent fréquenter des garçons et faire comme font toutes les filles dans les centres-villes. Comment ne pas fuir et aller voir ce qui se passe ailleurs ? Fuite difficile affectivement, porteuse d’une solitude parfois insupportable.

Le mouvement des femmes des quartiers a donc une importance considérable : encore faudrait-il qu’il constitue un maillage réel sur le terrain et des liens effectifs avec les multiples associations de femmes sur place. Il renvoie ces comportements à ce qu’ils sont : une fiction ; mais il renvoie aussi la communauté citoyenne à ses failles : il y en a qui sont plus citoyens que d’autres ; il rappelle aux institutions qu’on ne peut pas exclure du discours sur la citoyenneté les rapports de sexe ; il permet à celles et à ceux qui ne supportaient pas la situation et qui restaient muets, de parler ; il amorce enfin, quoiqu’il en dise, le lien entre les mouvements de quartier et les mouvements féministes. Ces mouvements féministes qui pensaient, comme le disent Françoise Benhamou, monique Dagnaud et Janine Mossuz-Lavau dans le monde du 16 janvier 2003, que « portée par des intellectuelles et des militantes issues des classes moyennes, l’amélioration de la situation des femmes s’étendrait naturellement aux autres couches de la société, et qui ont sous-estimé une loi immuable : les différenciations sociales et, en bout de chaîne, l’exclusion constituent un rouage plus puissant que les évolutions culturelles. »

Et là, à propos des évolutions culturelles et de l’exclusion sociale, je voudrais remonter dans le temps et parler des lycées, dans lesquels j’ai enseigné pendant 40 ans. Avant de parler d’ « exclusion sociale », parlons d’abord d’ « évolution culturelle ». En 1882 j’écrivais dans un Projet d’Action éducative ( nous avions à l’époque cette possibilité d’avoir de petits financements dans des PAE, financement que je n’ai d’ailleurs pas obtenus) : « L’idée de créer un groupe de réflexion sur les femmes au lycée X est venu des constatations suivantes ; quoique les générations actuelles de lycéennes profitent apparemment des acquis des luttes de femmes aussi bien dans leurs activités que dans leurs modes de pensée, il est peu d’endroits où la connaissance de ces luttes, le contenu des idées féministes et la redéfinition des rapports hommes-femmes qu’elles ont entrainée soient si peu présents. Tout se passe comme si cet apport n’avait pas lieu d’exister dans un lycée...Pourtant il est clair que la différence des sexes traverse le lycée et le structure d’une certaine façon. Ainsi il est encore très évident que certaines sections sont masculines (maths) et d’autres féminines( lettres et gestion), avec tout ce que cela implique de représentation du littéraire comme affectif, sentimental, psychologique, etc Les garçons vivent parfois dramatiquement leur orientation en lettres...La différence des sexes joue un rôle fondamental au lycée, et elle est niée. Nous y voyons plusieurs raisons :

-  d’abord la survivance d’une conception liée à l’histoire de l’école et à l’enseignement laïc et obligatoire où l’on n’a affaire ni à des garçons ni à des filles, mais à des écoliers, c’est-à-dire à des êtres asexués. Or l’écolier a longtemps correspondu au garçon qui va à l’école, et il se trouve que cette asexuation renvoyait à une réalité masculine. Maintenant que cette réalité est également féminine, il serait peut-être nécessaire de redéfinir cet écolier.

-  le fait aussi que le contenu de l’enseignement n’ait pas pris en compte le changement de mentalité provoqué par les mouvements de femmes et qu’il reste construit sur des modèles de pensée qui les précédent : on continue de présenter au cours de lettres Madame Bovary comme une petite provinciale qui a lu trop de romans, et le cours d’histoire se tient quitte de parler du vote des femmes et des pétrôleuses, n’intégrant rien des travaux sur l’histoire de l’adultère, de la maternité ou de l’échange des femmes, qui restent œuvre de spécialistes.

-  Enfin le décalage entre une situation politique où les femmes voient leurs droits défendus, et le corps social où les idées féministes sont en nette régression, décalage renforcé par la coupure entre l’école et le monde extérieur »

Donc sur le plan même de l’évolution culturelle, au moment où les études féministes commençaient à se constituer dans la Recherche et à l’Université, les lycées étaient des terrains tout à fait négligés.

Passons maintenant à l’exclusion sociale :à cette situation a succédé le grand management des lycées : cf les prospectus de chaque lycée où, pour se vendre, on allait jusqu’à préciser le nombre de cadres supérieurs parmi les parents d’élèves.La transformation qu’a vécue l’éducation nationale en France ces dernières années,avec la constitution de lycées-ghettos dans des quartiers ghettos a coûté très cher aux filles, et en particulier à celles dont les parents venaient d’ailleurs. On voyait peu à peu dans les lycées «  zone sensible »( mon lycée est devenu « zone sensible » en 1992 ) la mixité sexuelle disparaître, en même temps que la mixité sociale : les filles d’un côté, les garçons de l’autre. Les histoires de voile éclatent en 1989 La loi sur le voile n’a été qu’ un rafistolage sur un abîme qui s’était creusé depuis longtemps.

Et je crois malheureusement qu’on peut reprendre, avec des nuances, la phrase de Ruth Anna Putnam dans son article « pourquoi pas une théorie féministe de la justice »( dans« Repenser le politique, l’apport du féminisme », éd. première, les cahiers du Grif) : « il faut partir de là où nous en sommes, c’est-à-dire d’un monde où les femmes de couleur et les femmes des milieux défavorisés ne se reconnaissent pas dans le courant féministe dominant pour qui elles demeurent aussi invisibles que jadis. »

Que faire ? La façon dont cette question est posée dans le débat français ne permet guère de faire avancer les choses : d’un côté ce que Ruth Anna Putnam appelle « les clairons de l’universalisme » qui ne tiennent aucun compte du problème social, du racisme, des discriminations diverses et répétées dont sont victimes les populations issues de l’immigration, constituées, par ces discriminations mêmes, en communauté ; quand on refuse un logement à Mohamed parce qu’il s’appelle Mohamed, on crée une communauté des Mohameds ; clairon qui a aussi son versant féministe, où on parle des femmes sans tenir compte de leurs spécificités : riches/pauvres, françaises de souche/immigrées etc...

En face des clairons de l’universalisme, les flûtes des différents communautarismes, dont j’ai dit plus haut qu’ils étaient plus fictifs que réels, et en fait l’écho d’une faille de la communauté citoyenne, exploitée par des mouvements islamistes bien réels.

Ces soit-disant communautarismes sont défendus par les uns et les autres soit de façon ethniciste au nom de la tolérance (style « le voile c’est leur culture »), mais cela revient à considérer les cultures comme immuables, alors qu’elles se transforment au gré des contradictions qui les traversent, à ouvrir les portes de l’intolérance et à accepter l’intolérable, quand il s’agit de l’infériorisation d’êtres humains ; soit de façon pseudo-marxiste, au nom de la révolte des opprimés contre la domination occidentale (cf les indigènes de la république), mais cette révolte, si révolte il y a, quand elle prend la forme de l’enfermement des femmes, avons-nous à la soutenir ? allons-nous réiterer les mêmes antiennes des étapes de la révolution, la lutte des classes d’abord, les femmes après ?

On aurait pu nous traiter de racistes et d’islamophobes parce que nous avons lutté contre la création de tribunaux islamiques pour trancher les litiges matrimoniaux dans l’Ontario. Cette création est abandonnée, et sont supprimés également les tribunaux judaïques et chrétiens qui existaient déjà. Voilà une victoire de l’universalisme bien compris, de ce que nous avons appellé dans le Manifeste la « laïcité vivante ».



3 octobre 2005



Forum

  • > Que dire et que faire devant les dérives communautaristes et leur impact sur les femmes
    13 novembre 2005, par Ruth Rama

    Je suis surprise de voire que votre organisation ne se prononce pas sur le sujet de la crise des banlieues. Je me suis dit : allons voir ce que pense la femme fille dínmigrants et je vois que vous vous etes toutes tues( ???). je suis espagnole et probablement je comprends mal la chose. mais dans ce conflit il me semble que le point de vue des femmes n’a pas ete etudie. játtendais déntendre votre voix.

    Ruth Rama



 



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