Vers la constitution d’un réseau féministe Européen

Par Marina Galimberti

 

Les 21 et 22 juin 2001 a eu lieu à Madrid la Troisième Rencontre Internationale des Femmes de la Communication, organisé par AMECO, Association de Femmes Espagnoles Professionnelles des Médias de la Communication.

La rencontre a permis aux participantes de constater, tout d’abord, que les femmes espagnoles ne sont plus (et au fond ne l’ont jamais été) technophobes. De plus en plus, elles se lancent dans la création de sites et portails intéressants et originaux, convaincues de la nécessité de fournir des contenus de genre sur Internet, pour contrebalancer l’invasion de contenus machistes, discriminants et violents (en toute première ligne la pornographie, qui occupe 80% de la toile).

Les projets sont très variés, mais les objectifs communs : inventer ensemble des nouveaux modes de communication, lutter contre la marchandisation de l’information, favoriser une dissémination internationale et un échange rapide des informations entre femmes, augmenter la visibilité des initiatives des femmes, organiser des groupes locaux et internationaux de solidarité et de pression politique et sociale.

Incontestablement, grâce à la création de réseaux de genre, le mouvement féministe espagnol a retrouvé son unité et un véritable pouvoir d’intervention. Pour la journaliste Montserrat Boix, créatrice de Mujeres en Red : « Il faut maintenant s’attaquer à l’Europe. Les politiques européennes néo-libérales se consolident, mais les féministes des différentes pays ne pensent pas à renforcer leur présence européenne. Un des objectifs à court terme de Mujeres en Red est d’élargir notre réseau en collaboration avec d’autres partenaires, dont les Pénélopes, pour mettre en place une plate-forme d’action féministe européenne ».

Les TIC jouent également un rôle fondamental dans la mise en relation entre les féministes historiques et la nouvelle génération de Cyberféministes. Elles assurent la relève du mouvement : parmi les intervenantes, comme dans le public, les jeunes femmes étaient nombreuses. Creatividad Feminista une revue électronique féministe et militante mexicaine, et Les Pénélopes étaient les invitées internationales de la rencontre, en tant que “références incontournables en matière d’Internet sexué“

Quelques interventions

Mujeres en Red, crée en 1997 par la journaliste Montserrat Boix, a été le premier réseau féministe espagnol. Il a joué un rôle fondamental pour inciter les femmes espagnoles, pour la plupart techno-analphabètes, à se lancer dans l’aventure des TIC. «  C’était une tentative de communication totalement expérimentale, née de façon intuitive, Je n’avais aucune compétence, aucun budget, mais le projet correspondait à un besoin réel. J’ai commencé par faire une page html, où j’invitais les femmes à s’inscrire pour recevoir à travers leur courrier électronique des informations sur l’histoire et les actions des femmes. Actuellement les abonnées sont plus de 3.000 ».

L’expérience de Mujeres en Red et, plus récemment, la Marche Mondiale des Femmes 2000 (événement complètement organisé à travers le web) ont prouvé que Internet est un facteur important de capitalisation d’information, un outil irremplaçable pour fédérer les luttes des femmes.

http://www.nodo50.org/mujeresred

Les cybérfeministes : Ana Baltar , artiste cyberféministe : « Le Cyberféminisme n’est pas un mouvement, mais une posture, qui définit la relation entre les femmes, la technologie et l’information. »Et à la très jeune Fela Vila d’ajouter : « Le cyberféminisme réunit les femmes de 18 à 70 ans, permettant à chacune de maintenir la distance et le rapport de son choix à la technologie et au mouvement féministe ». Selon Sara Atoma, Internet a permis la démocratisation et l’appropriation individuelle de l’information : «  Autant les théories féministes ne m’ont jamais intéressée, autant je me suis complètement sentie proche du féminisme dans la pratique du Cyberféminisme. La e-zine que j’ai créée est une expression personnelle et absolument non professionnelle. Je reste chez moi, derrière l’écran de mon ordinateur et je suis en contact avec de tas des femmes différentes dans le monde entier. Etre à l’intérieur du web me permet d’avoir un tas de contacts à l’extérieur »

Creatividad Feminista : Ximena Bedregal, coordinatrice de la revue mexicaine Creatividad Feminista, est intervenue plus particulièrement sur l’importance de témoigner de l’histoire du féminisme à travers le web, pour constituer une base de données unique et évolutive, au niveau mondial : « Sans la compréhension de l’histoire des luttes des femmes, les pratiques actuelles n’auraient pas de sens ; sans référence au vécu des femmes dans le monde, il ne peut pas y avoir un présent féministe ». Elle a aussi insisté sur l’importance de faire d’Internet un espace pour l’expression libre de l’art et de la créativité au féminin. http://www.creatividadfeministe.com

Les Pénélopes : Marina Galimberti, des Pénélopes, a présenté l’expérience de Cyberfemmes, webTV féministe : « L’image est un média sensible, elle a un impact immédiat sur la réalité et crée une meilleure proximité que la parole écrite. L’utilisation de la vidéo, non pas comme un média et une technologie en soi, mais comme un média de plus, s’inscrit dans l’architecture hypertextuelle et transversale du site, en continuité avec l’objectif central de l’association : occuper le terrain de l’information avec une information de genre, en rupture avec les contenus et les méthodes de communication des médias traditionnels, vers la création d’un support de communication nomade, multiforme, transformable ».



septembre 2001



 



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