La femme dans l’économie algérienne : beaucoup reste à faire

Par Abdelmadjid Bouzidi

 

Pour sa 25e session, le CNES a produit un rapport fort intéressant sur le thème « Femme et marché du travail » en Algérie. Ce document fourmille de statistiques sur un thème bien méconnu dans notre pays.

Bien évidemment, notre société est encore largement marquée par une discrimination qui lèse grandement la femme, mais les données chiffrées présentées par les experts du CNES laissent entrevoir une dynamique qui augure des améliorations de la situation actuelle. Ainsi, le taux de scolarisation des filles (6-15 ans) est passé de 36,9% en 1966 à 80,7% en 1998, pour atteindre 90,9% en 2002. L’écart masculin/féminin, qui était de 20% en 1966, n’est plus que de 3,6% en 2002. Toujours dans le domaine de la scolarisation, en 2004, plus de 65% des bacheliers sont des filles, contre 55% en 1997. S’agissant des inscrits à l’université, la même tendance est observée : 55,4% des inscrits à l’université sont des filles en 2003 (contre 39,5% en 1991). Ce qui correspond à un quadruplement du nombre des étudiantes ! L’analphabétisme féminin a bien évidemment diminué : il est passé d’un taux de 85% en 1966 à 35% en 2002. Incontestablement, il y a là « une lame de fond », une évolution profonde et sourde qui va certainement avoir des conséquences intéressantes sur le fonctionnement de notre société. A titre d’exemple, on ne pourrait accepter longtemps encore que les filles, plus nombreuses à l’université que les garçons, soient autant sous-représentées dans les institutions de gouvernance : à l’APN et au Conseil de la nation par exemple, il y a 25 ou 26 femmes sur 525 députés ! Dans le domaine du travail, la population féminine occupée ne représente que 14% de la population totale occupée. Mais il faut relever qu’en 1987, le taux d’occupation des femmes n’était que de 6%. Parmi les femmes occupées, celles qui sont analphabètes ne représentent plus que 14,5% en 2003 (elles étaient 21% en 1985). 45% des occupés de niveau secondaire et 42% des occupés de niveau supérieur sont des femmes. La fonction publique est le plus grand employeur de femmes : 43% des femmes occupées. Parmi elles, 80% sont employées dans les secteurs de l’éducation et de la santé. 58% de l’effectif du secteur public de la santé est constitué de femmes. En milieu rural, il y a 3 fois plus de femmes occupées analphabètes qu’en milieu urbain. Comme on peut le constater, le rapport que le CNES a consacré à la question de la femme algérienne face au marché du travail montre bien que des progrès considérables ont été réalisés dans le processus d’émergence de la femme comme véritable actrice au sein de notre société. Bien sûr, la discrimination en sa défaveur est encore grande, mais le formidable potentiel qu’elle représente aujourd’hui, plus encore qu’hier, finira par faire tomber les préjugés encore tenaces défavorables aux femmes.

Un chiffre est éloquent dans ce domaine, celui du chômage. Le chômage des femmes était de 23.000 en 1977, il est de 347.000 en 2003, ce qui correspond à un taux d’accroissement moyen annuel de 11% (contre 4,8% pour le taux annuel tous sexes confondus). Ainsi, des femmes de mieux en mieux formées et qualifiées, de plus en plus nombreuses, ne trouvent pas d’emploi et c’est toute la société algérienne qui est privée d’une force de travail de qualité ! On comprend alors pourquoi les femmes sont obligées « d’investir les activités informelles et le travail non déclaré » : 25% de l’emploi informel est en effet le fait de femmes (308.000 sur 1.249.000) : travail à domicile, couture et alimentation, sous-traitance dans plusieurs branches d’activité permettent à des milliers de femmes de faire face aux indispensables dépenses du ménage. L’étude du CNES qui nous a inspiré cette chronique montre bien que, grâce à la femme et tout ce qu’elle peut apporter comme dynamique de changement, la société algérienne est loin d’avoir achevé sa mue et qu’un formidable potentiel de progrès et de modernité ne demande qu’à être libéré.

Font : Le Quotidien d’Oran



30 décembre 2004



 



......... Nedstat Basic - Web site estadísticas gratuito Site réalisé avec SPIP