Femmes à Chypre : L’autre moitié du ciel

Par Xenia Andreou

 

Mon arrière grand mère a mis au monde treize enfants dont seulement cinq ont survécu. Elle a accouché de mon grand père toute seule, sous un arbre dans le champ où elle travaillait, et coupa elle-même son cordon ombilical. Elle m’a appris, depuis petite, que la mort faisait partie de la vie, et que je devais m’y préparer. Ma grand mère paternelle, fille et femme de paysans, a eu six enfants et vécu chaque moment de sa vie dans la louange de dieu. Elle m’a appris que penser aux autres avant de penser à soi-même et tendre la main à ceux qui en ont besoin sont les deux choses qui apportent de l’harmonie au monde. Elle ne s’est jamais plainte, même lorsqu’elle devint réfugiée, ayant perdu tous ses biens et tout ce pourquoi elle avait travaillé. Seule lui manquait la communauté des autres femmes, éparpillée aux quatre vents après l’invasion turque.

Ma grand mère maternelle partit pour la ville alors qu’elle n’avait que deux ans. Elle eût cinq enfants, dont un mourut enfant. Elle ne travaillait jamais hors de la maison et se plaignait souvent, mais je réalise maintenant que le fait de n’avoir pas été admise à l’école secondaire “cela n’était pas nécessaire pour une femme” était très lié à sa frustration. Elle lisait avec voracité et écrivait des poèmes dans ses moments de calme. Elle m’a appris l’amour de la vie, à laquelle elle s’accrocha passionnément jusqu’à la fin, face au diabète et un sérieux problème de cœur. Ma mère a fini l’école secondaire et a travaillé toute sa vie. Elle a eu deux enfants, pour qui elle a fait de lourds sacrifices afin de leur assurer une vie confortable mais surtout une bonne éducation. Il ne lui fut pas permis d’aller étudier à l’étranger, ironiquement interdit par sa mère, qui avait peur que le « grand et gros monde » engloutisse sa fille aînée. Elle pensa que son fils était mieux équipé pour supporter la situation et il fut envoyé au Canada, où il vit encore aujourd’hui.

Cela nous amène à moi. Ma mère me laissa partir, avec anxiété et peur, mais je fus envoyée à l’étranger pour étudier. Je suis rentrée, et j’ai trouvé de bons postes de travail, j’ai 35 ans et pas d’enfants. Même si ma famille a été tendanciellement plus matriarcale que d’autres et que les hommes y ont souvent joué le rôle de supporter, plutôt que de leader, ce profil de quatre générations de femmes reste assez représentatif de l’évolution de la place de la femme chypriote dans la société. Mais peut-on l’évaluer ? Peut-on l’appeler progrès ?

De mille façons, oui. Nous avons peut être perdu le support de la communauté, lié à la sagesse qui vient du contact intime avec les rythmes de la nature, ainsi que l’héritage du passé et la continuité. Mais nous ne devrions pas être tentés de regarder le passé avec romantisme. Grâce à l’éducation et un système juridique à jour, la femme chypriote est passée d’un mode de vie rude, voire médiéval, à une position d’égalité avec les hommes, impliquant un grand panel de choix et d’opportunités. Le ciel est la limite - en théorie. Mais, de retour sur terre, il y a une lutte journalière à mener, contre les attentes, les pratiques sociales et culturelles. Les préjugés masculins sont les principaux rivaux, mais aussi l’estime de soi des femmes, qui joue un grand rôle dans la perception qu’elles ont d’elles mêmes. Dans le passé, le rôle de la femme était précisément délimité comme la responsable de la maison et des enfants. Maintenant qu’elle a quittée la maison pour travailler en termes égaux avec l’homme, elle n’a abandonné aucun de ses devoirs. Presque imperceptiblement, elle est entraînée dans un contexte de perfection, souvent par d’autres femmes ainsi que par sa propre insécurité et son sentiment de culpabilité : elle a besoin d’être une professionnelle parfaite, une femme parfaite, une mère, une femme à la maison, une hôtesse, et bien entendu, la plus belle et la plus élégante. Les attentes sociales sont énormes et la pression des pairs immense. Souvent, manque de bonheur et mariages en ruine (Chypre a un pourcentage de divorce très élevé, malgré le fait que la société chypriote ait été une société très traditionnelle jusqu’à récemment) sont les résultats de frustrations crées par le jonglage avec des responsabilités sans fin, sans l’aide de personne. La boucle est bouclée : l’insatisfaction précédente due à l’absence d’opportunités est maintenant devenue une frustration due à tous les éléments corollaires que ces opportunités ont apportées avec elles. On a besoin avec urgence d’un nouveau compas.

Il y a donc un grand fossé entre les mentalités et la loi, alors que cette dernière avance au rythme de l’occident, les premières traînent les pieds. Il faut souligner que de grands efforts ont été faits pour l’élimination des plus importantes formes de discrimination légales contre les femmes, ainsi que de la sauvegarde des droits des femmes et de leur protection dans tous les domaines de la législation chypriote.

La National Machinery for Women’s rights - un superbe et efficace one-woman show - a été institué par le gouvernement chypriote afin de surveiller le progrès général vers l’égalité légale, identifier les domaines dans lesquels une action légale est nécessaire, suivre la mise en œuvre de la législation existante (qui n’est pas un point fort de l’île) et enfin pour commencer la mise en place de Comités de réforme législative qui devront traiter de sujets spécifiques. Il reste encore beaucoup à faire, par exemple, la mise en place d’un Comité pour l’égalité des chances, mais les choses vont vite et dans la direction juste.

Dans quelle mesure tous ces changements influent sur la vie quotidienne des femmes ? Comme résultat de l’expansion et de la mise à jour des lois sur la famille et le travail et les efforts du gouvernement afin de promouvoir l’égalité dans tous les aspects de la vie, la protection de la maternité et l’expansion des facilités sur la prise en charge des enfants, le rôle et le statut des femmes chypriotes dans la vie socio-économique s’est grandement améliorée depuis les vingt dernières années. Les hauts taux de croissance économique et le bas taux de chômage, la plus grande prise de conscience de l’opinion publique des problématiques féminines et le changement graduel des perceptions ont, de même, beaucoup influés. Le pourcentage de femmes qui entrent sur le marché du travail est passé de 30% en 1976 à 7% en 1995 et 39% en 1997. De même, en 1997, 27% des femmes employées ont reçu une éducation supérieure pour 19% d’hommes. Cependant, la vérité derrière ces chiffres et que les femmes choisissent toujours les domaines d’études qui conduisent à des métiers traditionnellement considérés plus féminins comme professeurs ou secrétaires. Très peu d’entre elles réussissent à briser les attitudes stéréotypées concernant le rôle des genres et poursuivent, par exemple, une éducation technique ou professionnelle.

Sur le lieu de travail, la différentiation avec les hommes continue. Peu de femmes occupent des emplois de direction et l’égalité de salaires reste un vœu pieux. Une amie qui partage un cabinet d’avocat avec son mari a dû accrocher ses diplômes sur le mur après avoir été prise trop souvent pour la secrétaire, beaucoup de clients, femmes comme hommes, demandant à parler au “boss”. Il y a peu de compréhension envers les femmes concernant les devoirs de maternité et particulièrement dans le secteur privé, on attend d’elles une longue présence sur le lieu de travail pour être reconnues comme égales. Les types d’organisation du temps de travail flexible comme le mi-temps et le temps partagé pour les mères de famille est pratiquement inexistant. Ils existent, de plus, des réticences considérables de la part des femmes pour dénoncer le harcèlement sexuel sur le lieu de travail, par peur de ne pas être prises au sérieux ou de perdre leur emploi. Dans le privé, le pourcentage de femmes créant leur propre entreprise n’est que de 12 %, loin derrière les Etats-Unis (37%) et l’UE (27%). Selon le Rapport National Chypriote de la Plateforme d’Action de Beijing 2000, les principaux obstacles pour l’égalité des chances et l’avancement des femmes sont les comportements traditionnels : “Ils poussent les femmes à se concentrer sur un étroite partie des activités productives et économiques en général”. Dans le même temps, « les femmes restent les premières à s’occuper de l’éducation des enfants et des personnes âgées ».

Il est donc besoin, pour changer les comportements des femmes et des hommes concernant le rôle des femmes sur leur lieu de travail, de permettre des programmes professionnels guides et des campagnes de sensibilisation sur l’égalité des sexes, alors que des démarches positives et financières doivent être prises afin d’encourager les femmes à prendre leurs propres initiatives, s’affirmer sur le marché et devenir indépendantes économiquement. Le Ministère du Travail a déjà pris des mesures pour le redressement des inégalités en supportant un projet qui offre une aide financière aux entreprises gérées par des femmes. En Octobre 2000, 350 femmes ont crée la Women’s Cooperative Bank ‘Initiative’ Ltd, une organisation non gouvernementale sous la responsabilité du Ministère du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme. Les membres de son conseil d’administration sont issus des domaines les plus variés mais liés au monde de l’entreprise : experts du système bancaire, entrepreneurs et universitaires qui offrent leurs services comme volontaires. Bien que la Banque accepte les clients hommes, elle soutient plus particulièrement les activités d’entreprises féminines et est sur le point de créer des programmes faits sur mesure pour les besoins liés aux activités d’entreprises des femmes entrepreneurs, en coopération avec le gouvernement dans le cadre des programmes européens.

On peut aisément déduire de ce qui précède, que la participation des femmes dans les postes de pouvoir et de décisions est négligeable. Bien qu’en 1960, hommes et femmes sont entrés ensemble dans la nouvelle République de Chypre, les femmes restent quasiment absentes du Parlement, comme du Conseil des Ministres : pendant les 42 ans de l’existence de la République de Chypre, moins de 10 femmes ont été membres du Parlement et seulement trois sont devenues Ministres. Le récent changement de gouvernement avait crée de grandes attentes, avec un nouveau président qui déclarait que les gens seraient surpris du nombre de femmes qui avaient été nommées ministres. Nous étions : elle était... seule. Au niveau du gouvernement local, les femmes conseillers représentent 20% du total, alors que sur 33 maires, une seule femme a été nommée. Dans la magistrature, 17 juges femmes pour 75 hommes, alors que seulement maintenant les femmes entrent dans les hauts rangs des services publiques et gouvernementaux. Une fois encore, cette sombre photographie de la situation dérive de comportements traditionnels très ancrés et la perception de la division des rôles, qui empêchent encore les femmes d’entrer dans tous les domaines de la vie publique. Le fait que les femmes portent d’avantage le poids de l’éducation des enfants et le soin aux personnes âgées implique aussi qu’elles manquent du temps et de l’énergie nécessaires pour s’engager plus activement dans les affaires publiques. Enfin, les partis politiques sont encore largement dominés par les hommes, et les femmes manquent de confiance et de réseaux d’appui ainsi que de visibilité dans les médias.

Néanmoins, le nombre de femmes qui contestent les élections locales et parlementaires croît doucement et le gouvernement cherche à les encourager dans ce sens en prenant des mesures visant à l’empowerment des femmes. Il s’agit de pressions sur les partis politiques afin d’offrir un support pratique et accroître le nombre de femmes sur les listes de candidature (certains partis ont introduits des politiques de quotas, d’autres restent fortement contre de telles mesures) et de multiplier les contacts avec les mass media afin de donner une égalité des chances aux femmes candidates durant les périodes de pré élections. En particulier, la National Machinery for Women’s Rights a, par le passé, accru son appui à la radio Athina. Cette radio représente une plateforme pour les femmes relativement récente, conduite par les femmes pour les femmes, dont les priorités sont de présenter les perspectives et les personnalités féminines, ainsi que les besoins spéciaux et les problèmes des femmes.

La violence domestique est devenue, récemment, un problème important. Cependant, le fait de voir surgir la tête de cet horrible monstre est peut être, finalement, positif, vu que personne n’en parlait dans le passé, ce qui n’exclut en rien que le phénomène existait. Selon un discours fait par l’ancien Ministre de la Justice, “le problème de la violence dans les familles [à Chypre] est sérieux et dans la grande majorité des cas les victimes en sont les femmes et les enfants ou personnes qui sont financièrement, socialement, et psychologiquement faibles. Durant les dernières années, les cas de violence et d’abus ont été rapportés à la police et à d’autres agences plus facilement, mais ils donnent malheureusement des indications sur l’aggravation du problème. De plus, le vieux mythe qui expliquait que ce problème ne touchait que les gens de basse extraction sociale est définitivement nié. La loi sur la violence dans la famille (Prévention et Protection des Victimes) approuvée en1994, et tout de suite améliorée et substituée en 2000, vient de loin pour protéger les droits des plus vulnérables par rapport aux violences. Cependant ; comme le Ministre lui-même l’a reconnu, pour l’efficace mise en œuvre de la législation, il faut un effort collectif, systématique et coordonné de tous les agences impliquées, à la fois gouvernementales et non gouvernementales. Une attention particulière a été portée, par exemple, envers les forces de police. Ce corps, traditionnellement dominé par les hommes, a une perspective plutôt différente sur le problème et mérite tous les efforts de sensibilisation et d’entraînement.

A Chypre, ou les conditions d’extrême pauvreté et de niveaux de vie très en deçà de la moyenne nationale sont rares et où faim et famine sont surpassées depuis longtemps, la pauvreté ne peut être identifiée qu’à la perception locale de ce qu’est un niveau de vie acceptable. Cependant, les chiffres issus du Département des Services sociaux du Ministère du Travail prouvent que les foyers menés par des femmes courent un plus haut risque de pauvreté, et que, bien que la proportion de ces foyers n’atteigne que 14%, leur part dans les nombre des foyers pauvres est de 33%. Dans le cas de filles mères et chef de foyer qui tombent au chômage, alors, la famille rejoint, presque automatiquement le seuil de pauvreté. Un nombre considérable de ces groupes proviennent de familles réfugiées isolées et coupées de l’aide potentielle de la famille élargie. De plus, une conspiration du silence au sein des forces politiques empêche le débat atour des questions honteuses qui touchent la discrimination envers les enfants des femmes réfugiées, qui ne jouissent pas des mêmes avantages de ceux d’hommes réfugiés. Les femmes rurales sont aussi considérées comme une catégorie avec des problèmes spéciaux ; malgré les divers programmes sociaux destinés à les assister et leur égalité devant l’accès aux services sociaux de base. Les salaires horaires des travaux agricoles continuent à discriminer en faveur des hommes, alors que les femmes restent complètement responsables pour les tâches ménagères. Des chiffres produits par le Département des Statistiques et de Recherche révèlent que plus d’un foyer rural sur 5, dont le chef de famille est une femme, sont pauvres, contre 1 sur 20 dans le cas d’un homme. Les femmes dans les zones rurales souffrent plus des restrictions dans leurs vies sociales, alors que l’interférence parentale à l’occasion des mariages est encore présente.

Cette image peu brillante contraste avec celle des femmes émancipées vivants en ville, riches, jeunes, de la trentaine à la quarantaine, qui se modèlent sur les images globalisées des shows de télévisions étrangères et les magazines de mode, qui sont autant des prédatrices que des victimes, et qu’on peut voir la nuit avec leur bandes de copines, habillées pour tuer et prêtes à bondir. Dans les dernières années, les femmes chypriotes, en particulier - mais non exclusivement - celles qui ont l’opportunité de “fuir” à l’étranger pour étudier et jouir de leur indépendance, ont commencé à prendre le contrôle et arriver à terme avec leur sexualité. Elles peuvent faire l’expérience de différents partenaires sexuels, commencent à avoir plus souvent des relations casuelles et sont de moins en moins impressionnées par le machisme des hommes chypriotes. Il semble, à les voir, qu’Aphrodite, la déesse de la beauté- qui serait émergée des eaux de la côte de Paphos - est de retour, déplaçant l’image plus placide de la Vierge Marie qui l’avait remplacée pendant 2000 ans de foi. Cependant, cette image serait trop présomptueuse : la fin ultime de la fille chypriote, malgré tout le maquillage qu’elle peut appliquer, est de faire un bon mariage, le confirmer à l’Eglise et avoir des enfants. (Oui, la clause du divorce existe, mais les femmes chypriotes sont bien conscientes du prix à payer financièrement et psychologiquement). L’insécurités et les doutes sur les valeurs par rapport au monde extérieur sont incessants et il est amusant de voir en quelle mesure une jeune femme chypriote n’est pas encore bien arrivée à bousculer le conservatisme de la société, même lorsqu’elle est infidèle : “vielle femmes de trente trois ans, mariée de bonne famille et avec un bon travail, cherche homme marié pour aventure,” disait une annonce rose dans la section petites annonces d’un journal national récemment. Féminité, oui, féminisme pas encore.

La participation dans la résolution pacifique du conflit est cependant là où les femmes ont fait un effort important et concerté pour faire la différence. Ayant souffert les dures conséquences du conflit militaire pendant de nombreuses années, les femmes chypriotes sont particulièrement sensibles aux questions des droits de l’homme et de la paix. Elles ont été très actives en protestant contre l’occupation illégale de leur île à travers des marches pacifiques, et en essayant de créer une culture de la paix à travers diverses activités, comme la promotion des résolutions de conflit bi-communal. Comme résultat direct de leur prise de conscience croissante et de leur mobilisation sur les questions de paix, l’international Eco-Peace Village a établi, en partenariat avec le Commonwealth Secretariat, un programme qui met l’accent sur la formation et la sensibilisation des femmes et des jeunes gens sur l’égalité des chances, écologie et questions de la paix.

Récemment, cependant, c’est dans la culture que les femmes trouvent leur plus grande liberté pour exprimer, espoirs, peurs, anxiétés et frustrations. Et peut être de façon inattendue, ce n’est pas chez elles que l’on retrouve le plus grand désir de réduire la domination masculine. La maturité de la femme artiste chypriote l’a portée vers d’autres racines, dans un grand voyage vers le moi, dans la recherche de son propre rôle dans la vie. On note peu d’hésitation à regarder lucidement son image et faire jouer son sens critique. Comme « l’autre, moitié du ciel », une pièce “féminine” de l’auteur Evridiki Pericleous-Papadopoulou qui se joue maintenant à Nicosie, “les femmes sont dénudées de leur manteau de classe sociale et désormais libres de rencontrer leur secrétions biologiques, leurs haines et les armes de leur sexe.” L’image brute n’est pas toujours flatteuse, parfois peut être laide, très laide même. Mais c’est seulement si il y a des femmes assez honnêtes pour regarder la réalité, l’analyser et essayer d’en faire un meilleur endroit, si les influences étrangères ne sont pas juste imposées mais harmonisées avec les circonstances sociales et historique du lieu, alors il y aura une croissante et confortable place des femmes dans leur société.

Font : babelmed



1er janvier 2005



 



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